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J’ai eu l’occasion de constater mainte fois les côtés pernicieux de l’institution « consulaire » de Nantes, soit sa chambre de commerce, pendant que j’étais au Club des Créateurs d’Entreprises. En effet, c’est elle qui hébergeait et supervisait le Club. Bien entendu, j’ai ouï dire comme tout le monde des manipulations douteuses des chambres de commerce. Par exemple, les délits d’initiés, leur entente avec les tribunaux de commerce, la création de services bon marché concurrençant illégalement les consultants privés locaux. Mais, comme ce blog ne relate que ce que j’ai vécu personnellement, je vais me contenter de montrer l’absence totale de contrôle de la Chambre sur le club des créateurs d’entreprises qu’elle héberge et supervise, donc son absence de soutien envers l’avenir économique de la région nantaise, donc finalement son inutilité…

C’est au Club des Créateurs de Nantes – en tant que Secrétaire élu pendant trois ans – que je touche du doigt la faillite de nos institutions prétendument démocratiques. D’élection en élection, j’assiste impuissant à la progressive et sournoise entrée d’irresponsables dans l’organe dirigeant de ce club : le Bureau, auquel j’appartiens. Jusqu’à ce que ce Bureau élise lui-même en son sein le fantoche qui va finir par tuer l’association.

Tout en combattant pour que mon entreprise survive, je me bats aussi pour la notoriété de notre club. Dès ma première élection, comme secrétaire du club, je joue mon rôle le plus activement possible. Au point qu’au lieu du président, inactif, je finis par devenir l’âme et le dirigeant de fait du club. En effet, au cours des années, les membres du club vrais chefs d’entreprise, ceux qui ont des relations, les vraiment compétents et actifs, ont disparu du club. Ils ont été progressivement remplacés par des consultants, des conseils, des sociétés de service unipersonnelles, souvent au chômage. Ceux-ci sont beaucoup plus libres de leur temps mais sans âme ni ambition. Ils sont là par intérêt : obtenir des commandes des membres chefs d’entreprises. Leurs caractéristiques communes : la volonté de ne pas embaucher et de ne pas prendre de responsabilités. Les vrais créateurs les considèrent comme des parasites et finissent par ne plus venir au club. Déjà, ils refusent de se faire élire au Bureau, conscients qu’ils ne pourront pas lui consacrer assez de temps. Je resterai 3 fois secrétaire du club. Dès la 2ème année, je suis le seul à avoir des salariés… Pendant ces trois années, le Président du Club sera toujours un gentil fantoche, le seul retenu par les autres membres du Bureau car on sait qu’il aura le temps et ne pourra pas déposer le bilan vu qu’il n’est pas réellement patron… Il accepte parce qu’il a reçu l’assurance qu’il n’aura pas à animer le club et qu’un autre le fera à sa place. A savoir le Secrétaire, moi-même. Cette solution est bâtarde mais j’ai refusé trois fois l’« honneur » de la présidence car ma société – pour les raisons que vous savez – est trop fragile.  Je veux épargner au club le déshonneur d’un Président en faillite. J’ai eu tort. Mon entreprise a duré beaucoup plus de temps que je ne le pensais et, pour aider les vrais créateurs, mieux vaut un vrai créateur fragile et vrai patron qu’un consultant solide mais sans ambition.

Cette année, le Bureau est composé comme d’habitude de 6 personnes élues dont une seule a des salariés : moi. Les autres sont des sortes de consultants… Ce sont les élus du Bureau qui accueillent les candidats au club et les recrutent. Comme par hasard, c’est le seul travail qu’ils font sans rechigner, le seul pouvoir réel qu’ils assument volontiers. Je suis ravi de les voir ainsi prendre leur job au sérieux. Jusqu’au jour où je me rends compte qu’ils ne recrutent que leurs semblables : des consultants sans personnel, sans intention d’embaucher et sans ambition. Lors d’une réunion du Bureau je souligne le problème : nous ne recrutons pas de vrai créateur. Ils me répondent : Nous avons de moins en moins de membres cotisants. Que visons-nous ? Un club nombreux avec de faux créateurs ou un petit club avec des vrais ? Bien entendu, je penche pour la seconde solution, la seule correspondant au club, la seule nous permettant de repartir dans la bonne direction. Mais je me rends compte qu’ils ne peuvent l’accepter car c’est eux, à leur tour, qui se retrouveraient étranger à leur propre club… Je réussis à leur imposer ce moyen terme : on n’accepte comme membre que des créateurs d’entreprises « ayant l’intention d’embaucher ». Ça limitera le nombre d’impétrants mais pas trop…

Tout le monde se déclare satisfait de ce compromis mais, sans le savoir, je viens de semer la graine qui va m’exclure du club…

Voici une anecdote amusante à propos du Club des Créateurs d’entreprises de Nantes, dont je suis le Secrétaire. Elle met en lumière les faiblesses de la démocratie telle qu’elle est conçue actuellement : la  soif de pouvoir, indissolublement liée à la notion de candidature. La démocratie, une organisation parfaitement artificielle que la vie réelle ne peut sanctionner ou récompenser, finit invariablement par promouvoir les médiocres, les seuls qui ont le temps de se consacrer à leur élection, avec tous les marchandages à la clé… Cette histoire est le signe annonciateur du putsch que je vais subir l’année suivante.

Un jour, lors d’une réunion du Bureau, je propose d’organiser un grand débat sur la création d’entreprises en Loire-Atlantique, auquel nous inviterons les décideurs locaux, dont nos élus. Je constate avec amusement – et soulagement – que, pour une fois, tout le monde est immédiatement d’accord et que je n’aurai pas beaucoup de travail à faire : tous sont candidats pour contacter et rencontrer les personnalités de la région de la part du Club… Tout heureux de tant de dynamisme retrouvé, je laisse faire… Je me contente de préparer les sujets à aborder, un exposé pour le Président et de vérifier que les choses avancent bien. Le jour du débat, j’arrive en avance dans une salle pour la première fois préparée sans moi. Et c’est le choc ! Sur une énorme estrade, je découvre une longue table ou des membres du Club sont déjà installés. Quelques places restent vacantes, mais aucune ne porte mon nom. Je suis tout de même le Secrétaire, que diable ! Par contre, le président et le trésorier ont leur place. Personne ne peut m’expliquer cet « oubli » et tout le monde s’en fiche… Je finis par me rendre compte que cette longue estrade réunit l’armée mexicaine des copains qui ont préparé la manifestation. Nombre d’entre eux sont des personnes que je ne connais quasiment pas ! Qui se rendent rarement ou jamais aux réunions du club. Il avait pourtant été convenu qu’il n’y aurait que trois personnes sur l’estrade : les 3 membres principaux du Bureau, Président, Secrétaire et Trésorier. Mis devant le fait accompli, je ne succombe pas à la tentation de virer tout ce monde et de remettre à la place les 3 membres du Bureau… J’assiste donc dans la salle, très humilié, à un débat auquel je ne peux pas participer. Des moqueries d’élus sur le Club demeurent sans réponse faute d’un esprit de répartie suffisant chez nos orateurs improvisés. Je souffre en silence. Quand le débat se termine, j’interroge la principale organisatrice, qui ne fait même pas partie du Bureau et que je ne connais pas : « Qu’est-ce qui t’a pris de ne pas me laisser une place sur l’estrade ? Pourquoi n’as-tu pas comme convenu laissé simplement trois places pour le Bureau sur l’estrade ? ». Très à l’aise, elle me répond : « On t’avait oublié ? Oh, excuse-nous. Mais ce n’est pas grave, on ne pouvait pas faire autrement. Ils avaient tous participé à l’organisation. Il fallait bien les remercier. Et toi tu n’as rien fait. Mais, tu vois, ça s’est bien déroulé ! ». Furieux de cette mauvaise foi, je ne peux que me taire, on est encore en public.

La leçon ? C’est que ça devait être sacrément vrai que j’écrasais les membres du Bureau de ma personnalité pour qu’ils me fassent un coup aussi pendable ! Ce jour-là, ils avaient réussi à se régaler d’une gloire à laquelle ma seule présence parmi eux aurait fait de l’ombre. Et, à y réfléchir, ils avaient bien raison… Si j’avais été là, c’est eux qui se seraient retrouvés dans la salle ! A y réfléchir, cette mésaventure était le coup de semonce annonciateur du putsch de l’année suivante, avec déjà tous les signes du désir mimétique : frustration, convoitise, usurpation de pouvoir, association de « malfaiteurs » contre un seul, conspiration, agression et anonymat. L’anonymat est la caractéristique constante de toutes les agressions que j’ai eu à subir dans ma vie. Je n’ai jamais connu de coup de semonce, l’adversaire ne m’a jamais prévenu ni averti, on ne m’a pas pris entre quatre yeux. L’aveu d’une conscience honteuse…

En tout cas, là où il y a du pouvoir à glaner, chez les médiocres il n’y a plus d’amis

J’ai placé cette histoire en 1997 mais je n’en suis pas sûr. Disons qu’elle a eu lieu à peu près à cette époque. Elle démontre la collusion incroyable, constante et secrète entre services publics contre le privé.

Un matin, je me rends à la gare de Nantes pour prendre le TGV pour Paris où j’ai des rendez-vous professionnels. Le train est en gare. Avant de monter dedans, j’aperçois 6 ou 7 personnes en blouse blanche, qui descendent sur la et s’installent en rigolant juste devant le TGV ! Comme ils déplient une banderole, je comprends qu’il s’agit d’une grève quelconque qui, une fois de plus, va troubler l’ordre public. J’apostrophe donc les blouses blanches : « Puis-je savoir ce que vous faites-là ? – Ben, on est du CHU et on fait grève, mon petit Monsieur ! Ça ne se voit pas ? – Vous allez empêcher le train de partir ? – Exactement ! ». Là, j’entre en rage : « Écoutez ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Ce train est plein de gens qui travaillent et  vont rater leur rendez-vous ! Vous êtes six et vous allez emmerder 200 personnes qui ne vous ont rien fait ? Pourquoi n’allez-vous pas faire grève devant vos patrons ? – Monsieur, on n’est pas ici pour vous faire plaisir… » Et ils se retournent pour papoter entre eux… Écœuré, je m’installe dans le train, lequel en effet ne part pas. Les passagers commencent à s’agiter. Ils sortent sur le quai et regardent, abasourdis, ces espèces de martiens qui les bloquent sans la moindre gêne. Hélas, personne ne les invective et personne – moi itou – n’a assez de colère pour descendre sur la voie et leur flanquer la torgnole qu’ils méritent. Il faut dire que la police vient d’arriver… Et sûrement pour les protéger, eux, et pas nous, car ils ne font rien. Je vais parler à un policier. Celui-ci me répond, le talkie-walkie vissé sur l’oreille : « Ne vous inquiétez pas. On attend l’ordre et dès qu’on l’a, on les fait évacuer ».

On va attendre l’ordre …une heure ! Le policier ne s’en émeut pas, nous si. Pour les rendez-vous à Paris, c’est raté. Je le cuisine tellement sur les intentions de ses supérieurs qu’il finit par me dire : « En fait, on attend le feu vert de la SNCF ». De la Sncf ! Mais c’est qui qui fait grève maintenant, la Sncf ou les blouses blanches de l’hôpital ?! Au bout d’une heure précise, le policier me dit : « ça y est ! On a l’ordre ! ». Ravis de voir la police bouter dehors à coup de pompes ces salauds de grévistes, nous sommes nombreux à les suivre vers l’avant du train pour voir l’échauffourée. Et là, que voyons-nous ? Les grévistes sont déjà en train d’escalader le quai et s’en vont, toutes banderoles repliées… Mon métier, c’est l’automatisation du raisonnement, raisonnons donc. Cette grève a bien été organisée, avec le concours de la Sncf qui n’a jamais donné consigne à la police de libérer la voie, avec la police qui n’a jamais voulu dégager la voie, plus les 6 grévistes du CHU parfaitement au courant de la collusion et se gaussant des passagers. Trois administrations se sont donc arrangées pour qu’une poignée de grévistes, des fonctionnaires, puisse rester une heure à bloquer le train, pour des revendications inconnues. Grévistes et Direction de la Sncf ont informé la police que tout était sous contrôle, que la grève durerait une heure, pas une minute de plus. Les policiers, fonctionnaires dirigés par des fonctionnaires, se sont exécutés sans état d’âme, même si ce qu’on leur demande est contraire à leur mission de maintien de l’ordre public. Un seul bémol, mais si petit : on n’a pas demandé leur avis aux passagers du train. On ne les a même pas prévenus ! On ne leur a jamais dit que la grève allait durer une heure ! Il fallait qu’on les emmerde fortement !!! C’est ça, la France !

Nous sommes donc bien sous le contrôle de petits salauds irresponsables qui conspirent gaiement contre ceux qui les nourrissent par leur travail, profitant de la protection de la police. C’est pitoyable, révoltant, ça donne des envies de meurtre ! On comprendra facilement pourquoi, dans ces conditions, le Français ne se sent pas bien dans son pays et le critique autant. Vous voyez, en racontant seulement mon expérience personnelle du terrorisme d’État …ça donne un livre !

Revenons-en à la Sncf car le scandale n’est pas fini ! Furieux contre elle et son mépris des voyageurs, je demande le remboursement du billet. De toute façon, à partir d’une heure de retard, ce remboursement est du à l’ensemble des passagers. Mais la Sncf n’est pas d’accord, elle annonce qu’elle ne remboursera personne. Elle prétend que cette grève est un « cas de force majeure » ! Je lui écris alors une lettre dans laquelle je lui démontre que ce « cas de force majeure » elle l’a organisée avec les grévistes, que j’ai vu clair dans son jeu et la tiens pour responsable de l’heure de retard. J’ajoute que, si elle ne me rembourse pas, j’en parlerai à la presse et je porterai plainte ! J’attends la réponse.  Elle ne vient pas, elle ne viendra jamais ! Déjà débordé par mes soucis, sans un rond, je n’en parle pas à la presse et ne porte pas plainte… Snif ! J’aurai été entubé jusqu’à la moelle…

Trois administrations viennent de s’entendre sur le dos du citoyen, non seulement pour l’emmerder, mais aussi pour l’empêcher de travailler, tout en lui piquant son fric ! Pourquoi les Français seraient-ils heureux en France ?

I – Le fisc, toujours aussi corrompu et sans âme !

Arcane était la filiale commerciale d’Arcane R&D. C’est celle-ci qui détenait la technologie exploitée dans mes logiciels. Après le dépôt de bilan d’Arcane, j’ai gardé Lionel Barbotteau dans Arcane R&D. Nous repartons dans cette petite structure comme en 14, serrant les coudes et les dents, espérant que cette fichue crise économique va enfin se terminer et les affaires reprendre.

Pour me reconstituer du capital, j’ai vendu notre belle maison avec jardin du centre ville de Nantes où ma femme et mes quatre enfants coulions des jours heureux. Avec cet argent nous pouvons espérer vivre un an et demi si je reste au chômage. C’est alors que le fisc me porte un coup terrible ! Mon notaire Guillaume Gaschignard, un ami, m’appelle soudain pour me dire la voix blanche qu’en fait il ne reste presque rien du produit de la vente, de quoi vivre trois mois :

Le fisc a fait secrètement une hypothèque sur notre maison et vient d’empocher l’argent !!!.

Mes quatre enfants ma femme et moi, nous retrouvons sans domicile, avec plus un rond !

Vous comprendrez qu’on ne peut aimer le système ignoble capable d’agir ainsi. Le fisc avait décidé de provisionner l’argent qu’il me réclamait dans l’attente d’un jugement du tribunal administratif (qu’il savait, contrairement à moi, qu’il allait gagner). Comme nous n’étions pas au courant, nous avons vendu. Sinon nous l’aurions gardée.

Plus grave encore : cette maison appartient pour moitié à mon épouse et nous sommes mariés en séparation de biens. Le fisc a donc volé ma femme sur 50 % de la somme prélevée. Mais, mon bon ami Gaschignard, pourtant notaire, ne me le dit pas et je l’apprends trop tard…

II – En plus c’est la crise économique de 1995 : 2ème dépôt de bilan

Malheureusement, en 1995 c’est la crise économique en France et ailleurs. Elle n’en finit pas et les persécutions administratives non plus. Je me retrouve contraint de déposer le bilan d’Arcane. Merci à vous tous, universitaires  et fonctionnaires nantais douillettement installés dans vos bureaux à nos frais. Grâce à vous, j’en suis maintenant à deux dépôts de bilan. Cela ne vous arrivera jamais, vous qui ne courrez jamais aucun risque. Vous avez réussi à faire d’un honnête homme un « failli » !

Toujours sans droit aux allocations chômage grâce aux bienfaits constants de l’État envers les entrepreneurs, je n’ai qu’une solution pour vivre : continuer mon activité en IA pour tenter de survivre avec ma famille. J’opte cette fois pour une structure légère : une entreprise en nom personnel, baptisée elle aussi Arcane, et je conserve mon collaborateur informaticien Lionel. Je ne comprends pas aujourd’hui comment j’ai pu survivre sans argent, comment ruiné, j’ai pu nourrir une famille et payer ce salarié (en fait j’ai été aidé par ma femme, un actionnaire et les commandes de mes clients). J’ai du encore trouver une pirouette quelconque…

A Nantes, auprès de mes amis et de mes salariés, j’avais la réputation d’être l’homme qui rebondit…

Mon dépôt de bilan m’a ruiné. Je n’ai pas le droit au chômage puisque je suis « dirigeant », donc un ennemi de la nation …ou plutôt de l’État. Petit remerciement ému à cet État-fonctionnaire qui met plus bas que terre les Français qui ont entrepris, pour le bien commun, et finalement perdu jusqu’à leur chemise. N’ayant plus aucun revenu, je suis contraint de mettre en vente notre chère maison, le nid douillet de mes quatre enfants bienaimés. Ma femme et moi l’avons achetée il y a quelques années, avant la création d’Arcane, quand j’avais un bon salaire…

C’est une charmante maison de deux étages en centre ville, avec une jolie véranda donnant sur une terrasse de carrelage rouge et le gazon vert d’un grand et très joli jardin arboré. Celui-ci n’est pas le plus grand des jardins privés mais c’est il est très beau de l’avis de tous avec sa profondeur, ses vieux murs, ses plantes grimpantes, ses arbres, ses fleurs, le chant des oiseaux comme si on était à la campagne, toutes ses couleurs et son aspect naturel. Il est plein de recoins et de cachettes pour les enfants. Au fond, j’ai creusé un petit bassin où j’ai mis des plantes d’eau avec des poissons rouges et des têtards trouvés dans les flaques dans les champs. Ces têtards ont donné des crapauds qui chantent la nuit de leurs petites voix flutées… Près du bassin, une porte donne sur un vieux puits. 14 ans plus tard, mes enfants se souviennent toujours des jours heureux vécus dans cette maison et continuent à la regretter… La perversion de mes adversaires ne m’a pas atteint seulement dans ma vie professionnelle, mais aussi dans ma vie familiale. La perte de ma maison illustre les malheurs qui guettent l’homme entreprenant.

Bien que nous soyons en période de crise, notre maison est si belle qu’elle trouve un acheteur prêt à payer le prix fort. Nous nous disons qu’après avoir remboursé les différents emprunts, il va nous rester de quoi vivre pendant un an et demi, un temps suffisant pour que je retrouve un job. Hélas, je rêve encore… Le loup est déjà toujours dans la bergerie, prêt à me sauter dessus. La vente terminée, mon notaire Guillaume Gaschignard m’informe que, après remboursement des dettes, contrairement à ce que nous espérions, il reste juste de quoi vivre 4,5 mois. Je découvre avec horreur que le fisc a encore frappé : il a profité de notre malheur pour nous prendre 33 000 € par une hypothèque secrète de notre maison effectuée depuis je ne sais pas quand ! Soit 76 % du produit de la vente une fois remboursés les crédits en cours et les frais de l’opération ! Il nous reste 10 000 € sur les 227 000 € de la vente !

Affolé, je contacte les Impôts, pour avoir une explication. Ils m’expliquent tranquillement qu’ils l’ont fait « comme c’est leur droit » pour récupérer de force le crédit d’impôt recherche sur lequel nous sommes en contentieux ! Il paraît qu’en France, le fisc peut hypothéquer ainsi les biens du citoyen sans l’en informer… Décidément, nous ne sommes pas en République, ni en démocratie, nous sommes en dictature ! Comme cette opération fut menée en secret je n’ai pu préparer notre avenir avec si peu d’argent. L’insupportable anonymat des attaques administratives… Comment allons-nous convaincre un propriétaire de nous louer son appartement avec 10 000 € en poche ? Ma femme et moi sommes accablés. Nous n’avons plus de maison, pas assez d’argent pour un louer une et quatre enfants…

Qui plus est, la justice n’a pas encore tranché sur notre litige et la moitié de la maison est à ma femme sous le régime de la séparation de biens ! Le fisc est dans l’illégalité, il n’aurait du hypothéquer que la moitié de notre demeure. Mais cela je ne le savais pas et Me Gaschignard a commis une grave faute en ne m’en informant pas.

Quand je l’apprends enfin, je tente de me rebeller. J’adresse une lettre aux Impôts pour le leur signaler et leur demande de restituer la moitié de leur prélèvement à mon épouse. Comme de bien entendu, pas de réponse… Et je n’ai plus un rond pour prendre conseil auprès d’un avocat. J’attends alors la décision du tribunal administratif sur le crédit d’impôt recherche. Malheureusement, comme nous allons le voir, cette « justice » administrative n’a rien de la justice, elle n’abordera jamais la question du vol du bien de ma femme et me donnera toujours tort (voyez 1999 et 2003). Ma femme ne me le pardonnera jamais.

Voilà comment l’injustice à la française, après avoir pollué ma vie professionnelle, puis ma vie familiale, vient polluer également ma vie de couple…

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La reprise forcée de mon crédit impôt recherche qui laisse mon entreprise sans un sou, l’absence totale des aides à l’innovation qui me sont dues, plus la « Crise du Golfe », me portent un coup sévère. Depuis 1992, les affaires se tarissent progressivement, chez moi comme chez les autres. Mes clients sont en difficulté, ils ne commandent plus, ils se font tirer l’oreille pour nous payer.

En septembre 1995, nous ne sommes plus que deux personnes chez Arcane : Lionel Barbotteau, mon fidèle informaticien depuis janvier 1986, et moi-même. Anxieux de la situation, je rencontre plusieurs fois un juge du tribunal de commerce de Nantes chargé des sociétés en difficulté : M. Humeau. Rappelez-vous bien de ce nom, on va le retrouver ensuite dans quelques affaires pas propres (voir 1999, 2000, 2001, 2002) ! J’étudie avec lui les possibilités de m’en sortir mais autour de nous c’est l’hécatombe parmi les sociétés de services… C’est un homme apparemment correct et sérieux, expert-comptable et commissaire aux comptes. Il m’écoute, m’interroge et ne me reproche rien. Il faut dire que les dépôts de bilan vont bon train en France en 1995 et qu’il n’y a rien à dire ni à faire.

En septembre, j’acquière la douloureuse conviction que je ne réussirai jamais à redresser Arcane. Je décide donc de déposer le bilan. C’est un moment difficile sur lequel je n’ai pas envie de m’étendre. Cette chute me ruine… Surtout, elle provoque un an après celle de la « maison-mère » que j’avais fondée auparavant, une société vide de personnel mais possédant la technologie qu’utilisait Arcane. Pour la suite, retenez essentiellement deux choses : ce dépôt de bilan est fait proprement et le mandataire nantais chargé de la liquidation de ma société s’appelle Me Dolley… Celui-là, je n’en entendrai pas parler jusqu’en 1998. Et là, va commencer avec sa collaboration active la plus injuste et violente attaque d’Etat que j’ai jamais subie

A Nantes, le « responsable du labo Intelligence Artificielle de l’Université de Nantes » n’est pas le seul à prétendre officier en IA. Il y a bien 5 ou 6 laboratoires informatiques universitaires œuvrant dans ce domaine. Ils forment des étudiants qui cherchent ensuite à se faire embaucher dans cette discipline, le plus près de Nantes possible. Or, depuis 1986 jusqu’à ce jour un seul étudiant nantais en formation Intelligence Artificielle a pris contact avec moi ! C’est un étudiant de l’Ireste (baptisée Polytech par la suite) qui a découvert l’existence d’Arcane par hasard. Il me confirme ce que je savais déjà : son professeur d’IA, le tristement célèbre Philippé (voir 1986), envoie ses étudiants faire des stages dans sa société, Performanse, aux frais de l’État – donc aux miens – pour y produire des logiciels qu’il revend sur le marché. C’est sûr, dans ces conditions les logiciels n’ont pas coûté cher à Performanse et je ne peux pas m’aligner.

Il m’apprend autre chose que je n’avais pas soupçonné : Philippé ne parle jamais à ses étudiants de l’existence d’’Arcane, bien que ce soit une société spécialisée en IA installée à Nantes qui les concerne au plus haut point ! Je pensais qu’il continuait ses médisances contre moi dans ses classes, mais non. Il a simplement choisi de ne pas parler du tout de mon entreprise. Une fois de plus, notez-le bien c’est important pour la suite, l’attaque est anonyme… Du coup, ces pauvres passionnés d’IA ne pouvaient entrer en contact avec moi, obtenir des stages de recherche chez Arcane subventionnés par l’État et, en conséquence, y être ensuite embauchés… Ceux qui auraient fait des stages chez moi et que je n’aurais pas embauché auraient pu, une fois entrés dans la vie active, me contacter pour me demander d’introduire mon invention dans leur entreprise. Ainsi, ensemble, nous aurions fait quelque chose que nous aimions : quelque chose d’utile… Ces étudiants hyper-diplômés finissaient par accepter des postes d’informaticiens classiques et développer des programmes sans intérêt pour eux.

Voilà où mène la formation universitaire comparée aux formations privées. Combien de ces étudiants désabusés j’ai rencontrés au cours de ma carrière ! Ce fut le cas de Lionel Barbotteau, l’informaticien que j’ai embauché en 1986 et qui est resté avec moi jusqu’en 2005. C’est un ingénieur formé à l’Insa Rennes qui avait opté pour la spécialité IA. Fin 1985, donc avant la création d’Arcane, il n’avait trouvé aucune société dans l’Ouest recrutant dans ce domaine alors que l’IA avait encore le vent en poupe. Il était entré chez Alcatel Nantes où il faisait de la programmation sans intérêt pour lui. Il avait alors découvert mon annonce en janvier 1986 et s’était empressé de candidater. Trois mois après son entrée chez Alcatel, il les a quittés pour entrer chez Arcane. Il trouvera ce boulot si passionnant qu’en dépit de 20 ans de galère avec moi, décrits en partie dans ce livre, il ne me quittera pas.

Ce sympathique étudiant de l’Ireste qui a réussi à découvrir l’existence d’Arcane me propose de le prendre en stage ou en thèse… Trop désolé, je suis contraint de lui avouer piteusement que je ne peux rien faire pour lui. Les temps sont très durs, et pas que pour moi ! Ma société est en situation critique à cause de tous les ennuis qui me tombent dessus, dont son prof Philippé est une des causes. Là-dessus, on est en 1994 et c’est la crise ! La fameuse « Crise du Golfe » qui paralyse toute l’économie française et d’abord les métiers de l’informatique ! Je viens d’être contraint de licencier deux salariés pour conserver la tête hors de l’eau. Je ne vois pas de projet intéressant à lui proposer en ce moment et faute de commandes, sur quoi pourrais-je le faire bosser ? Il compatit gentiment à mes malheurs et me dit qu’il va quand même faire une publicité d’enfer à l’Ireste  pour ma société ! Ce qu’il a vu tourner ici, il le trouve passionnant. Hélas, je ne pourrai avoir la joie d’accueillir ses copains étudiants de l’Ireste : je vais bientôt déposer le bilan…

C’est vraiment l’enfer : quand je suis enfin en contact avec un étudiant chercheur de ma ville, mon entreprise est dans un tel état de faiblesse que je ne peux en profiter…

Un jour, pour la 1ère fois depuis la création de ma société, une universitaire de Nantes me téléphone. Elle a appris par le Ministère de l’Éducation Nationale, qui m’en a acheté 50, l’existence de mon logiciel Maïeutica-Formation destiné aux écoles, universités et organismes de formation. Sympathique, elle est sincèrement intéressée par le côté pédagogique de mon outil pour ses étudiants et ne me fait pas de querelle d’experts sur la vraie ou la fausse IA. Elle me rend visite chez Arcane accompagnée de son mari, « dont le bureau est tout près ». Peu bavard, celui-ci laisse son épouse poser les questions et me passer commande pour son école. Avant de partir, elle me donne enfin la profession de son mari : c’est le responsable du labo Intelligence Artificielle de l’Université de Nantes, situé à 300 m de là ! On ne s’était jamais vu. Je n’en reviens pas qu’un « chercheur » en IA présent dans mon bureau ait pu se taire pendant si longtemps pendant qu’on parlait d’IA devant lui ! Il me demande mon nom… Il est donc venu dans une société d’IA, spécialité rarissime en France, située qui plus est à 300 m de son bureau, sans avoir eu la curiosité élémentaire de demander le nom de son patron à son épouse ! ça frise l’autisme… Quand je me nomme, je vois dans son regard qu’il me resitue progressivement. Il finit par grommeler qu’il a en effet déjà entendu parler de moi. Ça ne le fait pas sourire… Ça ne doit pas être en bien. Il semble surpris de s’être retrouvé par inadvertance chez moi. Je me dis qu’il n’ jamais tenté de me rencontrer alors que nous bossons l’un à côté de l’autre et qu’en cela il est un digne universitaire ennemi de l’innovation privée. Par courtoisie, je l’invite cependant sans illusion à repasser me voir quand il voudra pour discuter un peu d’Intelligence Artificielle. Il me répond mollement : « Oui, bien entendu ». Je ne l’ai jamais revu…

C’est bien ça l’université, en tout cas à Nantes : l’incapacité congénitale à collaborer avec l’entreprise, sa cliente. Elle ne « collabore » qu’à la condition expresse de n’être là que pour lui donner sa « science », puisée dans des livres obsolètes.

1. La tromperie des marchés d’Etat…

Le BOAMP, Bulletin Officiel des Appels d’offres de Marchés Publics, est un organe de presse public recensant les appels d’offres des administrations et entreprises publiques. Il est destiné à éviter que les administrations trichent en sélectionnant toujours les mêmes fournisseurs… En effet, il est de notoriété « publique » que les appels d’offres publics sont remportés quasiment toujours par les mêmes gros prestataires alors qu’ils sont faits pour donner leur chance à la concurrence et aux petites entreprises. Pourquoi cette dérive permanente ? Parce qu’un fonctionnaire qui favorise un fournisseur sera remercié par lui d’une façon ou d’une autre… Une des récompenses offertes par l’entreprise au fonctionnaire indélicat, c’est le fameux « pantouflage » : au moment de sa retraite de la fonction publique, qui a lieu scandaleusement tôt chez les fonctionnaires français (45 ou 50 ans !), le fournisseur l’embauche pour le remercier. Le pantouflage est strictement interdit mais, comme par hasard, il se pratique toujours… En 1986, je me suis abonné au BOAMP et, chaque semaine, je parcours la rubrique « Intelligence Artificielle-systèmes experts, mon domaine pour voir si j’y trouve une offre. S’il y en a une, je soumissionne. Eh bien, de toute ma vie professionnelle, jamais je n’ai emporté un appel d’offres public bien qu’étant de très loin le moins cher, le plus efficace, avec de nombreuses références dans le domaine contrairement à mes gros concurrents (Cap Sogeti, Sesa, Syseca entre autres). J’en ai été écœuré au point d’abandonner toute réponse aux appels d’offres. Ce n’est que récemment que j’ai compris que je ne pouvais pas gagner car ce n’est pas dans l’intérêt du fonctionnaire ! Voici deux exemples d’appels d’offres perdus bizarrement…

2. L’ETAS Angers, armement terrestre, filiale du ministère de la défense

L’Etas à Angers est un centre d’essai des matériels de combats terrestres, une filiale de la DGA, donc du Ministère de la Défense. Cette année, ils effectuent de nombreux tests sur la char Leclerc et s’arrachent les cheveux à cause de son manque de fiabilité. J’ai deux produits qui les intéresse : Miao, spécialisé diagnostic de panne et Maïeutica dédié aide au diagnostic en général. Tous les deux fonctionnent par le raisonnement et n’ont pas besoin d’informaticiens pour le développement des logiciels d’aide au diagnostic, ce qui fait gagner beaucoup de temps et surtout rend le résultat beaucoup plus fiable. Je montre au client plusieurs applications déjà réalisées avec ces outils dans des domaines connexes et ils ne doutent pas de l’efficacité de ma technologie. Il est séduit. Mais il me prévient : même s’il préfère ma techno, il y aura un appel d’offres et ce sera le mieux-disant qui l’emportera. A priori ça ne m’inquiète pas ! Ma société est la seule à proposer un outil à la portée des non informaticiens, sa puissance est supérieure à celle de tous ses concurrents et il est de très loin le moins cher. Il ajoute qu’en tout cas il y aura une société qui n’aura pas le marché : Cap Sogeti. Cette société a emporté un précédent marché et a placé à l’Etas des informaticiens en « régie » totalement incompétents selon lui, qui se sont révélés incapables de faire le travail demandé et ont coûté fort cher. Ce seul souvenir le rend fou de rage et il me répète plusieurs fois qu’une chose est sûre, il ne signera pas avec ce prestataire. Je me dis : tant mieux, voilà un concurrent de moins, et je réponds à son appel d’offres. Un mois après, je reçois la réponse : je ne suis pas retenu… Bon, ce sont des choses qui arrivent et je commence à avoir l’habitude.

Par curiosité, je l’appelle pour lui demander pourquoi nous n’avons pas été retenus en dépit de nos avantages flagrants. Il me répond, furieux : « Vous aviez un concurrent qui s’est révélé mieux disant… – Comment ? Un concurrent moins cher et aussi efficace ? – Non. Un concurrent qui a plu à ma direction. – Lequel s’il vous plaît ? – Cap Sogeti » ! Je m’étonne. A mots couverts, il m’explique que c’est la direction de l’Etas qui lui a imposé ce prestataire ! Bien qu’elle soit parfaitement consciente de l’échec de l’an passé. Le voilà reparti, contraint et forcé, pour un an ou deux à supporter un fournisseur qu’il déteste… Et moi, me voilà obligé de compatir avec lui alors que j’ai déjà beaucoup travaillé pour l’Etas, que je me suis beaucoup déplacé, que j’ai rédigé la meilleure proposition possible, tout ça à mes frais, dans un appel d’offres perdu d’avance ! Et cet argent perdu ne me sera jamais remboursé, bien entendu…

3. La DCN Lorient, armement naval, filiale du ministère de la défense

La Dcn à Lorient est une division industrielle de construction navale de nos navires de guerre. Elle fait paraître un appel d’offres pour le développement d’un système expert d’aide à la conception de carènes. Je me dis que ma compétence en conception de systèmes experts devrait  intéresser la Dcn. Je lui adresse donc une belle proposition. Quelques temps après, elle m’adresse un courrier qui me dit que je ne suis pas retenu, comme d’habitude… Et comme toujours sans la moindre explication. Énervé, je téléphone au signataire du courrier pour lui en demander une. Voici nos échanges :

Moi – Je découvre que je n’ai pas été retenu et j’aimerais comprendre pourquoi. De toutes les propositions que vous avez reçues, n’étais-je pas le moins cher et le plus rapide à développer votre système expert ?

Dcn – Oui, Monsieur, mais ça ne nous suffit pas, il faut aussi que la qualité suive et que ça tourne ! C’est un énorme travail que nous demandons !

Moi – Pour la qualité, il suffit de lire les journaux qui parlent de mes systèmes experts en entreprise…

Dcn – Je n’ai jamais rien lu sur votre société…

Moi – OK… Ces articles vous diraient en tout cas que mes systèmes experts sont réalisés en maximum 3 mois. Je suis sûr que mes concurrents, eux, vous font payer des années-homme de développement. Et pourtant je ne suis pas retenu ! Pourquoi ?

Dcn – Parce que, Monsieur, vous savez bien qu’il faut un an minimum pour développer un système expert !

Moi – Mais non, justement… C’est là notre intérêt. Nous ne dépassons pas 3 mois, grâce à notre  logiciel Maïeutica, unique sur le marché. Un mois, c’est d’ailleurs le maximum pour recueillir une expertise humaine et Maïeutica écrit le système expert en même temps…

Dcn – Non, Monsieur, je ne suis pas du tout de votre avis. Il faut au moins un an. En-dessous, ce n’est pas sérieux. Voilà pourquoi vous n’avez pas été retenu.

Moi –   Monsieur ! De la DCN ou de moi, lequel est le spécialiste en IA ? Lequel en fait depuis sept ans non-stop et sait de quoi il parle ? Mettez-moi à l’épreuve pour voir, même sans me payer. Je suis prêt à vous faire un développement de système expert gratuitement pendant une semaine. Vous jugerez bien alors de notre efficacité en si peu de temps.

Dcn (ébranlé par ma proposition et ne sachant comment réagir) – Désolé, Monsieur, le développement à l’essai, ça ne se fait pas chez nous. De toute façon, l’appel d’offres est géré par une société de services informatique importante. Elle a tout un département IA avec une centaine d’ingénieurs informaticiens. Elle va m’en installer une dizaine en « régie ». Je lui fais toute confiance. Elle a bien spécifié qu’il fallait plus d’un an. C’est elle qui a décidé que vous n’êtes pas retenu.

Moi –   Quelle société est-ce ?

Dcn – La société X (une grosse SSII française très bien introduite dans les administrations où elle place ses propres informaticiens en régie : Cap Sogeti, Cisi, Steria ou Syseca, je ne m’en souviens plus).

Moi –   Eh bien, Monsieur, vu votre certitude absolue que ma société ne conviendra pas, vu votre confiance toute aussi absolue envers cette société bien implantée chez vous qui élimine si efficacement ses concurrents les plus dangereux, je parie que c’est elle qui va enlever elle-même le marché. Vous savez que c’est illégal ! La loi interdit que le prestataire qui sélectionne les candidatures des concurrents en fasse partie.

Dcn – Monsieur, vous pensez ce que vous voulez…

En effet, quelques mois après j’apprends que c’est bien la société X qui a finalement été retenue pour développer le système expert ! Elle n’était chargée de l’appel d’offres que pour éliminer tous les candidats sauf elle ! Par la suite, oncques n’entendra plus parler de cette si « énorme » réalisation. Elle a du lamentablement échouer, comme tous les développements IA dans l’administration. Peu importe de toute façon, l’essentiel n’était pas de réussir ! L’essentiel était de gonfler les effectifs – loi de Parkinson oblige – avec des informaticiens en régie. Et cette prestation-là, je ne l’offre pas.

4. La « régie » : loi de Parkinson oblige, une ruse de nos administrations pour gonfler leur personnel en cachette aux dépends du contribuable

L’administration française est friande des fameuses prestations en régie (voir cet article page 109 au début) de nos grosses SSII à l’époque : Cap Sogeti, Sesa, Steria, Syseca, Cisi, Sema, etc. De 1982 à 1986, j’étais Directeur Commercial de la société Cril (Paris), société de services informatiques qui faisait le même travail, je connais donc bien. La régie, c’est l’opposé du forfait où la SSII s’engage à l’avance sur les coûts, les délais et les résultats. C’est la seule prestation sérieuse. La régie, c’est du prêt de personnel pendant des années, c’est le contournement de la loi sur l’intérim qui oblige l’employeur à embaucher l’intérimaire s’il le garde plus de 6 mois, avec la complaisance de l’Inspection du Travail donc de l’État. L’informaticien en régie n’appartient ni à la société qui l’a embauché, où il ne va jamais, ni à la société qui le prend en régie, où il est tout le temps, et il en souffre ! J’en sais quelque chose, j’en ai vendu avant de créer Arcane ! On l’appelle de la « viande »… Quel est donc le mystérieux attrait de la régie pour nos administrations, au point d’y recourir aussi massivement ? Voilà la réponse : elle lui permet d’augmenter son personnel en catimini, sans l’embaucher puisque c’est interdit… Oui, me direz-vous, mais quel est l’intérêt d’augmenter son personnel ? C’est là qu’intervient la fameuse Loi de Parkinson sur laquelle je vais m’étendre par la suite car elle est un des axes autour duquel pivotent nombre de mes ennuis comme ceux de notre pays. Elle énonce que le désir profond du fonctionnaire est d’avoir un maximum de collaborateurs sous ses ordres. Voilà pourquoi les fonctionnaires ne veulent pas de mes solutions : ce sont des outils de productivité, faites pour permettre une augmentation de la production de chacun, donc une réduction des effectifs… Mon offre, c’est le chiffon rouge devant le taureau-fonctionnaire !

I – 1er gag : une incapacité à préparer l’événement à peine croyable

Du 22 au 24 juin 1992, se déroule à  San Francisco le colloque franco-américain « Software R&D ». Il est organisé par l’Anvar (Paris) avec le concours de la Mission Scientifique Française de San Francisco. L’Anvar est une organisation d’aide à l’innovation financée par nos impôts. Le but de ce colloque consiste à présenter les innovations d’entreprises informatiques françaises aux Américains et de faire découvrir les leurs à des partenaires français potentiels, pour monter des joint ventures. L’Anvar paie 50 % du prix de l’avion, nous payons le reste du déplacement, qui dure 5 jours. J’y vais avec mon associé d’alors, qui parle anglais couramment et connaît San Francisco.

C’est simple à dire et simple à organiser mais les gens de l’Anvar, en dépit de leur permanente bonne volonté, vont transformer notre voyage en enfer à cause de leur incompétence crasse…

Avant le départ, la plupart des fax que l’Anvar est censée nous adresser pour préparer et nous expliquer le voyage, nous indiquer les lieux et les heures de RV à l’aéroport, nous informer des formalités, « s’égarent »… Nous ne les recevrons jamais. Je dois pallier le défaut d’organisation en téléphonant à Paris et à San Francisco. Le fax portant le nom de deux entreprises américaines de San Jose désireuses de nous rencontrer, que l’Anvar prétend nous avoir envoyé, ne nous parvient pas non plus. J’ignore toujours leurs noms ! Le 2 juin, en dépit de nos multiples fax, coups de fil et courriers, la Mission de San Francisco nous informe qu’elle ne nous a réservé aucun avion faute d’avoir communication de notre venue !!! Elle nous demande de nous charger nous-mêmes de la réservation de notre avion. Du coup nous voyageons seuls, loin de nos confrères qui seront dans un autre avion. C’est bien ennuyeux : ils seront tous ensembles pendant 12 heures et je ne pourrai pas être avec eux pour discuter et tisser des liens avant de débarquer…

Le 16 juin, 4 jours avant le départ, nous découvrons que la Mission Scientifique de San Francisco ne nous a pas non plus réservé de chambre à l’hôtel ! Elle prétend ne pas savoir quand nous arrivons ni quand nous partons, en dépit des fax qui le précisent, dont le dernier du 9 juin, et en dépit du fait que nous sommes censés partir et revenir en même temps que tout le monde ! Pour couronner le tout, toujours 4 jours avant le départ, la Mission nous adresse en catastrophe la fiche à remplir destinée à nous présenter aux américains qui nous attendent ! J’apprends qu’il est trop tard pour que nous soyons dans le prospectus présentant les entreprises françaises aux entreprises américaines ! Or, cette fiche, nous l’avions déjà remplie et adressée le 24 avril ! Furieux, je me dis que nous partons rencontrer des Américains qui ne sont même pas avertis de notre venue. Difficile dans ces conditions de voir arriver ceux qui s’intéressent à notre domaine, l’intelligence artificielle…

Avec tant d’efficacité, le dépliant imprimé pour les Américains ne porte donc pas trace de notre société (Arcane) et aucun d’entre eux ne demandera à  nous rencontrer… Voilà un voyage à mi-tarif qui nous aura coûté cher !

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Prospectus Anvar San Francisco : pas d’Arcane, en dépit de notre inscription (payante) !

II – 2ème gag : une organisation de l’événement si stupide qu’elle annule tout intérêt au voyage

Une fois à San Francisco, le 22 juin 1992, nouveau gag ! Pour ouvrir les journées « Software R&D », nous devons d’abord souffrir d’un travers typiquement français (ou plutôt typiquement fonctionnaire français) : 2 heures de conférence, en anglais, par les responsables de l’Anvar et de la Mission scientifique française ! Parfaitement insipides. Au bout d’une heure de ce verbiage, mon associé et moi, excédés, quittons la salle. Autant aller courageusement prospecter – sans rendez-vous – les grosses sociétés d’informatique californiennes avec notre voiture de location, puisque l’Anvar n’a rien fait pour nous. Nous apprendrons par la suite que l’assistance nous a imités et que la salle s’est progressivement vidée avant que la conférence se termine ! Belle image de phraseurs que nous avons donnée là à nos amis américains !

Mais le plus beau reste à venir ! Le 23 juin nous avons droit au gag ultime démontrant l’incapacité de l’Anvar à réfléchir et aider qui que ce soit. La Mission a prévu cinq salles pour accueillir les rencontres entre Français et Américains. Dans l’une, les Français sont censés présenter leurs innovations aux Américains. Mais dans les autres, en même temps, les mêmes Américains sont censés présenter les leurs aux Français ! Comme personne n’a le don d’ubiquité, dans chaque salle, on attend des visiteurs qui ne peuvent arriver…

Du coup, dans la salle des Français où nous présentons notre société, mon associé fait son exposé en anglais devant une dizaine de… Français ! Pas le moindre Américain ! J’apprendrai ensuite que dans une autre salle un Américain a fait sa présentation devant 3 Français et 12 Américains ! Dans les deux autres salles américaines, je ne sais pas ce qu’il s’y est passé, aucun français n’y étant allé… Jamais une telle connerie n’aurait été commise par un organisateur privé. Il faut vraiment le vivre pour le croire. Tout cet argent fichu en l’air à l’autre bout de la planète par les rigolos de notre administration de « valorisation » de la recherche, ça m’a rendu malade ! Nous, chefs d’entreprises français, pendant que les administrations nous tirent dessus à boulets rouges et nous piquent notre fric, notre organisation doit être parfaite, sinon nous sommes morts… Les entreprises françaises présentes sont vertes de rage mais n’osent trop rien dire aux « gentils organisateurs ».

III – 3ème gag : refus de l’Anvar de reconnaître l’échec, truquage et dissimulation 

Pour ma part, j’ai bien l’intention d’empêcher qu’une telle boulette se reproduise l’année prochaine puisque l’Anvar a l’intention de recommencer. Elle doit prenne conscience de ses erreurs et les rectifier. Les organisateurs m’ont promis un débriefing à peine rentrés en France. Mais rien ne se passe…

Le 10 juillet 1992, j’écris aux deux organisateurs, Jean-Claude Porée de l’Anvar Paris et Claude Moreau de la « Mission Scientifique » de San Francisco, pour m’étonner que l’Anvar n’ait prévu aucune date de débriefing. J’en profite pour exprimer, sur 2 pages, les points positifs (il a fallu que j’en trouve !) et négatifs de ce voyage. Finalement, le débriefing a lieu, mais en novembre et à Paris ! Soit 5 mois après le voyage. Ce sera donc du réchauffé. Ayant des soucis plus contemporains en tête et comme c’est loin de Nantes où je travaille (pas de TGV à l’époque !), donc faute de temps, je ne m’y rends pas. De toute façon, j’ai déjà exprimé mes doléances par écrit.

Le 23 novembre, Gilbert Santini, Directeur des Relations Internationales de l’Anvar, nous adresse enfin à tous le compte-rendu de la réunion sur les journées de juin à San Francisco. Apparemment, je ne suis pas le seul à n’avoir pas voulu perdre mon temps avec l’Anvar puisque 22 sociétés sur 25 manquaient à l’appel. Dans la liste des absents, en dépit de mon courrier de 2 pages,  je ne suis pas cité. D’ailleurs, elle ne cite que 3 absents sur les 20 qui ne sont pas venus! Décidément, difficile d’exister avec l’Anvar quand on est une PME innovante. Quant aux participants présents, ils sont au nombre de sept …dont 3 membres de l’Anvar et 1 de l’Inria, une autre administration. Reste 3 sociétés sur 25. Le rapport prétend alors en introduction que « la plupart des entreprises présentes sont satisfaites » ! Encore du mensonge et de la manipulation administrative ! Bien entendu, aucune de mes remarques, ni aucune de celles faites par les 22 sociétés absentes, ne sont citées dans les 3 pages du « rapport ». San Francisco avec l’Anvar, nous n’y sommes pas retournés l’année suivante, ni les années qui suivirent…

Bien que j’aie une légère tendance à la paranoïa – ce livre en témoigne… – je ne crois pas que cette mauvaise volonté fut délibérée dans le but de me nuire, à moi personnellement. L’Anvar Nantes a tout fait pour couler mon entreprise et mes recherches (2000 – Corruption de l’Anvar Nantes : trois refus successifs de me consentir la petite aide à l’innovation demandée, chacun pour un motif différent…, 2000- Corruption de l’Anvar Nantes (suite) : Kerlovéou me pousse à embaucher en me promettant une exonération de charges. Devinez la suite !) mais, visiblement, l’Anvar Paris ne communique pas avec eux. D’ailleurs, l’Anvar Paris m’a démontré par la suite (toujours en 1992 je crois) qu’elle était prête à m’aider – en dépit de mon attaque dans Science et Vie : elle a fait passer deux fois sur France Info une interview présentant ma technologie.

Non, nous avons simplement été plus mal traités que les autres par pure incompétence administrative, c’est tout.