I- Fin 1987, ma société bat de l’aile faute de commandes en dépit de sa notoriété.
Fin 1987, mes clients sont contents de mon IA et veulent à tout prix en équiper leurs services. Elle leur permet de développer rapidement par eux-mêmes en français des applications expertes « conversationnelles » (= qui dialoguent avec les utilisateurs), ce dont les informaticiens de leurs entreprises sont incapables. Elles mettent leur savoir unique à la portée de tous les collègues de la société, qui deviennent capables de prendre des décisions pointues dans des domaines dont ils ignoraient presque tout. Pour les patrons eux-mêmes, cette intelligence artificielle a un autre avantage déterminant : elle permet de contourner les lenteurs et lourdeurs de la programmation par leurs services informatiques en développant soi-même.
Ma clientèle est constituée de grands groupes. En effet, c’est là qu’il y a des experts faciles à reconnaitre. Ce sont des goulots d’étranglement car ils sont saturés quotidiennement d’appels de collègues leur demandant conseil qui les empêchent de travailler et n’arrivent pas à satisfaire tout le monde. Ils sont eux-mêmes demandeurs de systèmes experts conversationnels pour récupérer la majorité de leur temps à travailler sur leurs propres projets et je suis le seul à en proposer.
Après une démonstration sur leur propre savoir qui tourne à leur satisfaction, mes clients sont si contents de mon IA qu’ils en parlent à la presse et décident d’en commander des dizaines de versions. Erreur ! Du coup, leurs responsables informatiques apprennent que ma technologie est entrée chez eux et met en péril leur département. ils s’activent dans l’ombre. A la grande stupéfaction de mes clients, donc à la mienne, jamais le budget ne leur est accordé ! Sans la moindre explication. Du jamais vu. Ils ont toujours été totalement maîtres de leurs budgets et de leurs investissements, ils n’en auraient été privés qu’après discussions avec la direction. Nous nous retrouvons, mes clients et moi, fort dépités après avoir beaucoup rêvé et nous n’y comprenons rien.
Je le découvrirai par la suite, nous sommes face à l’obstruction souterraine des responsables informatiques, qui font toujours partie de la direction des grands groupes constituant ma clientèle. Ils bloquent les budgets, sans dire un mot. Cette opposition muette extraordinaire s’avère systématique sur toute la France ce qui en dit long sur l’égoïsme forcené inhérents aux informaticiens en général. Ils sont très conscients que leur métier peut disparaître, eux qui en font disparaître par dizaines avec leurs programmes. Alors ils protègent leur petit business au détriment de l’intérêt de leurs sociétés et de leurs collègues. Aucun de mes clients grands groupes n’a pu me passer commande pour équiper ses services. « One shot ! » m’a dit mon client Monsieur Monera, de la société de financement Sovac, quand il a appris ça. Lui-même avait obtenu des résultats incroyables selon lui avec mon intelligence artificielle mais il avait dû travailler dans l’ombre, la présentant comme un outil de « credit scoring », et non comme de l’IA, pour ne pas rencontrer l’opposition du responsable informatique. Lequel se vengera bien par la suite en revenant à l’informatique classique une fois M. Monera promu à un autre poste….
II – La trahison…
Voilà pourquoi, alors que mon entreprise est prometteuse aux yeux de tous, que « j’ai de l’or dans les mains », elle bat de l’aile faute de commandes. Je suis en grave déficit, j’ai consommé mon capital.
C’est alors qu’en fin d’année 1987 apparaît l’homme providentiel : Olivier Spire, patron du « groupe » Concept, une société parisienne filiale de la BATIF, la banque du Groupe Thomson. Il a informatisé sa gestion de trésorerie et la commercialise au grand dam du patron de la Batif qui se plaint auprès de moi dans ces termes : « Spire est venu, il a vu ma chaussure, il l’a trouvée belle et il m’a dit je vous la prend, j’en fait copie. Puis il en a fait des milliers de copies qu’il a vendues à mes concurrents et il ne me l’a jamais rendue ! » Spire propose carrément de racheter ma société Arcane et même de prendre ses dettes à sa charge. Difficile à refuser quand on en est à plusieurs millions de Francs de passif. Je négocie une vente où je parviens à garder la majorité, soit 51 % du capital.
Chez lui travaille un de mes amis, Benoit Haut-Couturier, ravi de me voir arriver. Il me promet monts et merveilles, à moi et à mon intelligence artificielle, grâce à ses relations. Je déménage à Paris tout heureux de ma bonne fortune. Mais, là encore, tout n’est qu’illusion. Benoit est aux abonnés absents et Olivier Spire ne lève pas le petit doigt pour faire entrer mon IA chez ses clients. J’accumule les dépenses sans chiffre d’affaires en face. C’est en fait la stratégie de Spire : si ma société accumule du passif, lui seul pourra la renflouer mais en échange d’une prise de participation majoritaire. En fait, c’est un escroc.
Concept a donc pour actionnaire majoritaire la Batif, banque du groupe Thomson, en plein boum grâce à ses opérations boursières, juste avant le krach de 1990 ! Il ne manque pas d’argent, c’est ce qui lui donne cette sensation de puissance. C’est alors qu’intervient un morceau d’anthologie… La Batif veut racheter Arcane à sa filiale Concept. Olivier Spire n’est pas d’accord mais Benoit Haut Couturier et un golden boy de la Batif qui engrange des millions grâce à ses énormes opérations boursières totalement inconscientes car effectuée en pleine « bulle spéculative » m’assurent qu’il ne pourra s’opposer à cette cession car l’argent est à la Batif, pas chez Concept.
La réunion qui doit décider de cette session se passe au dernier étage d’un immeuble cossu appartenant au groupe Thomson près de l’Arc de Triomphe, dans un restaurant privé. La classe ! J’y arrive, curieux de savoir comment la bagarre va se dérouler. Une fois installé à table, où il y a Benoit Haut Couturier, le golden boy, Olivier Spire et quelques autres, Spire prend la parole. « Nous sommes donc là pour statuer sur la prise de participation majoritaire de la Batif dans le capital d’Arcane. Je m’y oppose formellement ! Des objections ? » Silence… « Bien. Dans ce cas, Concept garde ses 90 % du capital d’Arcane. » Nouveau silence. Éberlué, je découvre que je suis plongé dans une machination. Ce déjeuner n’est qu’une comédie montée à mon intention. Tout le monde s’était mis d’accord auparavant. Je découvrirai que Spire a offert la majorité de son capital à la Batif en échange de son abandon dans le capital d’Arcane.
Quant à Benoit Haut Couturier, que j’interroge par la suite, il me déclare avec mépris : « Mais voyons Jean-Philippe, tu sais bien que ton intelligence artificielle est bidon ! On n’allait pas se battre pour ça. » Lui qui la trouvait géniale quelques jours avant et avait participé au montage de la participation forcée de la Batif dans le capital d’Arcane, il se reniait. Sans la moindre honte. J’avais en face de moi un traître… Curieuse impression d’en avoir un en face de soi, très à l’aise sous mon regard lourd de reproches alors qu’il sait qu’il vient de trahir l’ami en face de lui. Mon Dieu, protégez-moi de mes amis, mes ennemis je m’en charge !
III – Jean-Louis Laurière tue son bébé pour ne pas rendre service à l’humanité, me cédant bêtement la place
Suite à cette aventure, j’obtiens de Spire mon départ de Concept. Il me laisse mes 10 % de capital, qui vont me permettre de recréer Arcane à Nantes où je reviens habiter. J’utilise cet argent à développer début 1988 ma propre IA, MOCA, pour pallier aux nombreux défauts de celle que j’utilisais jusqu’à présent, Intelligence Service, commercialisée par la grosse société d’informatique GSI-Tecsi. En deux mois, j’obtiens un résultat magnifique, conforme à mes attentes, grâce à l’excellence de mon développeur Lionel Barbotteau. C’est lui qui a développé toutes les versions de mon IA de 1986 à 2002, dont Tiara, l’IA vocale à la portée de tous. En 1988, tout ce que j’avais développé avec Intelligence Service pour mes clients tourne désormais parfaitement avec Moca. Je n’ai plus besoin d’Intelligence Service.
Bien m’en a pris ! Jean-Louis Laurière, l’universitaire propriétaire d’Intelligence Service (qui s’appelait Pandora auparavant), décide mi-1988 d’arrêter sa commercialisation. En fait, pour me couper l’herbe sous le pied. Car moi je vends son système expert et pas lui. Je le vends à des non informaticiens et pas lui. Il n’arrive pas à le placer auprès des services informatiques. Ils ne veulent pas d’un outil qui les rend inutiles et lui font le reproche de le commercialiser auprès des services non informatiques de leur entreprises, en mettant en péril le métier d’informaticien. Il découvre qu’il a inventé une technique qui tue l’informatique dont il vit. Alors, comme c’est un imbécile d’informaticien qui se fout de l’intérêt général, il stoppe la vente de son logiciel.
Incroyable, mais vrai !
Mon blog est le recueil de la corruption stupide à la française, sous toutes ses formes.