Electronic Arts, c’est les jeux Les Sims, Fifa, Battlefield, Star Wars, etc. Que du beau monde !
Combien de fois m’a-t-on dit : puisque la France refuse de soutenir ton intelligence artificielle, va t’installer en Californie. Eh bien, j’ai tenté le coup. Je suis allé reconnaître le terrain à San Francisco, dans la Silicon Valley, en juin 1992, pour présenter mon IA aux entreprises de là-bas dites « de haute technologie ».
L’expérience fur cruelle ! D’abord j’ai fait le voyage « aidé » par l’ANVAR, administration d’aide aux PME innovantes dont l’incompétence s’est révélée atterrante. J’en ai d’ailleurs fait un article. Ensuite j’ai rencontré le patron d’Electronic Arts (EA games), leader mondial du jeu vidéo à l’époque et qui l’est toujours aujourd’hui. Par bonheur, c’était un Français et, bien que nous n’ayons pas rendez-vous, il a accepté de me recevoir.
Dans son bureau je lui ai expliqué que ses jeux faisaient intervenir une foule de personnages que les joueurs étaient obligés de guider pas à pas à la souris en cliquant sur des icones, pour faire des tâches finalement basiques. Que l’idéal serait qu’il y introduise de l’intelligence artificielle afin qu’ils soient animés par leur propre personnalité et expérience, comme des humains, dans un environnement lui-même animé par la logique du monde réel. Le joueur disposerait alors d’un jeu de plus haut niveau, beaucoup plus stimulant et passionnant.
Il m’a répondu : « je n’ai rien compris ! » Je l’ai regardé, éberlué, me demandant comment il pouvait n’avoir « rien » compris dans cet exposé simpliste. Comme j’allais reprendre, il m’a coupé : « Non. Inutile de tenter à nouveau de m’expliquer. Dites-moi plutôt ceci : votre IA peut-elle cliquer des icônes ? » J’ai failli éclater de rire ! Je venais lui vendre une solution intelligente permettant de ne plus avoir à cliquer des icônes, solution basique à la portée de n’importe quel programmeur, et il me demandait si mon IA savait le faire. Je lui ai répondu que oui mais que c’était un marteau-pilon pour écraser une mouche, une tâche si simple que l’informatique classique sait aussi le faire. Il m’a alors répondu : « Alors, désolé, je ne suis pas intéressé… Au revoir. » Pas un mot de plus. Pas une explication.
Je me suis retrouvé dehors, tout penaud et abasourdi, me demandant comment le patron d’une aussi grosse boîte pouvait être aussi obtus, aussi peu intéressé par l’innovation. Il m’a fallu longtemps pour comprendre qu’EA, comme Microsoft, IBM, Google, Facebook, tous ces grands groupes américains, n’ont pas besoin d’innover. Ils sont par chance sur un créneau porteur qui leur a permis de conquérir le marché américain par surprise, lequel fait six fois la France. Ensuite, avec les gains US, ils ont inondé les pays anglo-saxons. Puis le reste de la planète (qui parle anglais). Ils se sont vite retrouvés en quasi situation de monopole dans le monde, sans faire d’efforts. Pour continuer à dominer le marché mondial, plutôt que de faire de la recherche ils se focalisent sur les pratiques anticoncurrentielles (d’où les poursuites en justice et leurs condamnations). C’est moins hasardeux et ça coûte moins cher que l’innovation…
Cette barrière du marché a un avantage : elle crée une harmonisation des interfaces profitable aux utilisateurs car les concurrents sont bien obligés d’être compatibles. Et un gros inconvénient : elle paralyse l’innovation, pour longtemps !
Microsoft en est un parfait exemple. Bill Gates est devenu l’homme le plus riche du monde sans disposer d’un département Recherche parce qu’il a hérité du département PC d’IBM qui n’avait pas cru à ce marché. Sans la moindre étude sur l’intérêt des utilisateurs, il a adopté une interface jolie mais stupide : Windows. Une sorte de boite à outils imposant l’usage d’une souris pour parcourir toute la surface de l’écran, avec plein d’icônes partout dont il faut deviner la signification. Tout ça pour remplacer une interface beaucoup plus simple qui allait dans le bon sens car elle parlait, en anglais, avec les utilisateurs sur quelques lignes : MS DOS, qu’il était facile de transformer en une sorte d’IA capable de dialoguer et de ne proposer que les actions dans le contexte. Mais ce ne fut pas le choix de Bill Gates…
J’ai par la suite proposé mon IA raisonnante à des studios de développement de jeux vidéos français (Ubisoft, Kalisto, …). En pure perte. Pourtant, « l’IA » des jeux est un enjeu essentiel pour leur succès, une fonction qui déçoit les joueurs dans la totalité des jeux sur PC, tablettes ou smartphones ! Pourquoi les concepteurs ne regardent-il pas du côté d’une vraie intelligence artificielle qui a l’avantage d’éviter la très longue programmation avec tous ses bugs en laissant le développement aux concepteurs de scénarios testant eux-mêmes leurs idées ?