Je fais ci-après l’analyse des installations de mon IA raisonnante chez certains de mes clients, obstinément contrecarrée en sous-main par les responsables informatiques. Le cas de Joséphine est emblématique : une réussite unique transformée en échec, en toute discrétion.
C’est à mourir… de rire !
1. Joséphine, la première IA, par laquelle tout le malheur est arrivé
Joséphine fut la première IA « raisonnante » installée en entreprise (Banque de Bretagne, 1986), issue de la Maïeutique. Le premier système expert de l’histoire développé par des non informaticiens, en seulement 3 mois, destiné au grand public. Une vraie IA, capable de dialoguer avec les utilisateurs parfois pendant plus d’une demi-heure, qui analysait leur profil, autorisait les changements d’avis et suggérait les produits financiers les plus profitables adaptés au client.
L’application fut présentée en janvier 1987 à la presse. Une foule de journalistes s’est retrouvée dans une salle pleine de micro-ordinateurs, en présence des deux analystes qui ont fourni leur expertise, du maïeuticien qui avait écrit pour eux le système expert, de l’inventeur de la Maïeutique et du responsable informatique de la Banque de Bretagne (Jean Le Chanu).
Les journalistes purent tester Joséphine eux-mêmes. Apparemment, ils furent ébahis de la facilité d’utilisation et de la percée technologique. Les mois suivants, certains d’entre eux entrèrent incognito dans les agences de la banque se faisant passer pour des clients pour la tester. Une façon idéale de ne pas écrire un article erroné sur l’intelligence artificielle. En 1987 une quarantaine d’articles furent publiés par la suite dans les journaux nationaux, entre autres Les Échos, Le Point, Le Monde Informatique, 01 Hebdo, le Nouvel Économiste où le président de la Banque de Bretagne se réjouit de son succès en se faisant prendre au photo, les Echos Industrie, Bancatique, etc. De nombreuses conférences (JIIA 87, Cesta) furent organisées partout en France pour présenter cette IA. L’inventeur de la Maïeutique fut invité à faire des démonstrations dans de nombreuses banques. Un livre décrit même comment les non informaticiens développèrent Joséphine : Développer un système expert.
Par contre, rien dans la presse officielle liée à la recherche ou à l’intelligence artificielle. Aucune référence dans les publications des chercheurs IA.
On peut assurer qu’avec une telle notoriété l’intelligence artificielle française était devenue une réalité incontournable dont on attendait la suite avidement. Et pourtant, aujourd’hui en 2019, elle a disparu des radars. On n’entend parler que de la fausse IA américaine incapable de dialoguer avec les humains, la même que celle des années 1980. Qu’a-t-il bien pu se passer pour en arriver là ?
Voilà ce qu’il va se passer : le succès de Joséphine la met sur le devant de la scène et va lancer la machinerie informaticienne contre l’IA raisonnante. D’un côté, de nombreuses administrations poussées par les universitaires informaticiens, dont le fisc et la justice, s’unissent pour couler la société qui la commercialise (redressements, hypothèque secrète, condamnations financières, interdiction de gérer, expulsion, etc.), de l’autre les clients ne concrétisent quasiment jamais obligeant l’inventeur à faire une prospection effrénée. Il relate son inimaginable calvaire année après année, de 1986 à aujourd’hui, dans un blog de trois cent pages !
2. Comment l’informatique tue une technologie nouvelle qui vise à la rendre inutile
La banque de Bretagne profitait de sa nouvelle notoriété pour engranger les clients et leur argent, principalement à Paris et Rennes où le système expert était en libre service. Mais… l’argent rentrait dans les caisses de la Direction sans que rien ne soit reversé au service Analyse Financière qui avait « raclé ses fonds de tiroir » pour financer le projet ! Le service informatique, qui gère les achats de logiciel, refusait de financer les mises à jour. L’expertise de Joséphine devint peu à peu obsolète. Étonnamment, la Direction de la Banque de Bretagne ne fit pas un geste pour entretenir ce bijou qui l’avait rendue célèbre en France et à l’étranger. Elle cessa de communiquer.
Résultat : au bout d’un an, l’IA n’était plus utilisé. Le pot aux roses fut découvert quand un journaliste du Monde informatique a enquêté se faisant passer pour un client. D’où son article que vous pouvez lire ici : Joséphine opérationnel ? Oui mais…
Voici un résumé instructif de ses observations :
« Première constatation : il y avait un manque visible de pratique du logiciel » : évidemment, il n’était plus utilisé.
« Deuxième constatation : au bout d’une demi-heure, Joséphine a déclaré forfait » : bizarre, avant lui ce ne fut signal&é par personne auparavant, ce ne fut constaté ni par les autres testeurs, clients, journalistes, ou experts, sinon il y aurait eu modification.
« Troisième constatation : la version disponible à l’agence était périmée quant aux données fiscales ». Voilà qui la rendait clairement inutilisable. Pour la mettre à jour, il fallait payer les développeurs et les experts. Mais, curieusement, jamais l’inventeur de la Maïeutique ne fut avisé des problèmes d’argent de la banque. Sinon il aurait fait le travail gratuitement, cette vitrine était trop importante pour lui qui venait de démarrer son entreprise (Arcane).
« L’absence de connexion au réseau informatique de la banque oblige le conseiller à questionner le client sur des données fastidieuses déjà connues s’il a ses comptes chez elle ». Encore une faute de la banque ! Récurrente dans l’histoire de l’IA raisonnante : tout est fait pour éviter qu’elle soit reliée au réseau informatique ce qui lui donnerait une légitimité, le B.A. BA de l’intégration pourtant. Son utilité est ainsi circonscrite au seul service utilisateur et personne d’autre ne peut en profiter. Jean Le Chanu, directeur du service informatique de la Banque de Bretagne, ne l’ignorait pas. Il se faisait même prendre en photo par le journaliste devant un micro ordinateur supportant Joséphine (sa photo est en bas de l’article à droite, où il est nommé par erreur Jean-Luc Préteseille, un des deux experts).
Comment la Banque de Bretagne a-t-elle pu laisser mourir un outil marketing aussi essentiel pour son existence ? Une banque ne peut exister aujourd’hui que par son informatique, le service le plus important pour elle. Si le directeur informatique, le personnage le plus éminent de la direction après le directeur général, laisse pourrir l’application puis répète que l’on a perdu assez de temps avec une technique bidon bourrée de bugs, incapable de collaborer avec les ordinateurs centraux, qui va finir par nuire à l’image de la banque et qu’il ne donnera pas un sou à ce projet (ce qu’il fait), les autres membres finissent par passer à autre chose.
Mais il y a peut-être une autre raison, plus discrète : la Banque de Bretagne est nationalisée par Mitterrand depuis 1982. Elle dépend donc de l’État qui se révèle à partir de 1987 un ennemi féroce de l’inventeur – privé – de la Maïeutique, suivant en cela les consignes des chercheurs universitaires en IA. D’où l’absence totale de communication et de récompenses en faveur de cette innovation française, qui se transformera en guerre totale avec tous les moyens de l’État quand ses succès se répéteront.
Malgré tout, le bilan du journaliste du Monde Informatique apparaît positif : « Malgré ces restrictions de taille, Joséphine fera date. (…) Son utilité n’est pas remise en question par ses utilisateurs » Un sacré compliment vu ses critiques.
Sa conclusion : « on est sans doute encore loin du véritable prix à payer pour avoir des systèmes complètement et définitivement opérationnels ». Erreur ! De nombreux systèmes experts de ce type continueront à être vendus au cours des années, toujours destinés aux non informaticiens et soigneusement mis à jour, entre autres Createst commercialisé par l’Agence nationale d’aide à la création d’Entreprises (1987-96), Exportest commercialisé par la région Pays de la Loire (1990), Aloès commercialisé par l’université de Nancy 2 (1993-2001).
3. L’assassinat d’Aloès
Aloès (Aide à l’Orientation dans l’Enseignement Supérieur) fut développé grâce à la Maïeutique deux ans plus tard. Il dialoguait avec les bacheliers pour trouver les métiers qui leur conviendraient, indiquait les études supérieures correspondantes et fournissait un bilan personnalisé imprimé. Il était mis à jour très sérieusement au cours des années par un pool d’experts porté à bout de bras par la volonté d’un professeur, Christian Heddesheimer.
Quand celui-ci partit à la retraite, le logiciel échut devinez où ? Dans la besace du service informatique de l’université. Et devinez ce qu’il en fit ? Son patron ne vit aucun intérêt à poursuivre dans cette voie, pourtant rentable et indispensable aux étudiants. Sans état d’âme, il enterra la commercialisation d’Aloès.
4. Jouan SA
Dans cette entreprise nantaise leader du secteur des appareils de laboratoires médicaux, tout était bien parti. C’est le patron qui voulait l’IA et il savait que son responsable informatique s’y opposerait. Il l’a donc achetée et remis entre les mains de services non informaticiens.
La première application consistait à guider deux opérateurs fraîchement embauchés pour faire de la prospection téléphonique alors qu’ils n’y connaissaient rien dans le secteur des machines médicales. L’IA les guidait pas à pas pendant qu’ils étaient au téléphone avec leurs prospects. Bilan selon son directeur général François Lagier : « En deux mois, nos conseillers ont appris par cœur le contenu de l’outil qui devait à l’origine leur venir en aide pour donner des réponses complexes ». Ce n’était pas le service attendu…
En effet, privés de collaboration avec l’informatique, ces conseillers étaient contraints de faire un travail idiot : ils transmettaient au service commercial les résultats de leur prospection par écrit, mais dépourvus de toutes les déductions marketing précieuses faites par l’IA, au lieu de laisser celle-ci communiquer toutes ses données au réseau informatique pour éviter la double saisie. Et pan pour la stratégie « zéro papier » ! Le service commercial ressaisissait donc les données (une partie, le reste était perdu) sur ses ordinateurs. Personne ne s’en plaignait. La direction ne s’en occupait finalement pas. Du coup, ayant acquis la connaissance de l’IA ils n’ont plus rien saisi au clavier et cessé de l’utiliser ! Grosse faillite de l’intégration.
Par ailleurs un expert des machines Jouan fut missionné par le patron pour introduire sa connaissance dans l’IA afin que ses collègues soient guidés dans le diagnostic de panne. Hélas, son patron ne lui avait pas dégagé une minute pour ce travail ! Comme il était passionné par le projet mais déjà saturé comme tous les experts, il n’eut plus qu’une solution pour travailler avec l’IA : bosser le week-end ! Mais ça n’a pas duré et il a fini par abandonner.
C’est ainsi que l’IA est morte dans une société dont le DG en voulait pourtant.
5. La Sovac
Ce cas d’obstruction est relatée dans le détail ici : « 1992 – Mon client, la Sovac : exemple d’obstruction informaticienne à l’innovation dans l’entreprise » En résumé, M. Dominique Monera, patron du service Credit Scoring de la Sovac, a acheté mon IA raisonnante, mais en cachette du directeur informatique ! Il savait que celui-ci s’y opposerait. Avec elle il a réalisé quelque chose qu’il croyait impossible : expert en analyse de risque des crédits aux particuliers, il était devenu en trois mois expert en analyse de risque des crédits aux entreprises, un marché qui pouvait donc s’ouvrir pour la Sovac. Toutes les agences Sovac d’Europe acceptaient ou refusaient les demandes de crédit d’entreprises avec sa nouvelle expertise !
Il a voulu investir ses stocks options dans ma société pour attaquer le secteur bancaire qu’il connaissait bien. Puis, là encore est apparu un obstacle incontournable auquel il n’avait pas pensé : « Je ne peux pas vous adresser à mes concurrents ! Je ne peux pas leur donner la recette pour concurrencer la Sovac. »
Il en fit cependant la publicité dans des colloques sur l’IA, comme Euroforum en 1996 (« Sovac » dans la liste à gauche, 11h45 dans le programme au-dessous) :


Deux conférences Euroforum le même jour pour l’IA raisonnante : à 10 h et à 11h45 (et aucune en trente ans dans les colloques organisés par les chercheurs en IA universitaires…)
C’est probablement par ces colloques que le directeur informatique de la Sovac a appris que la vraie intelligence artificielle était entrée dans sa société (car il utilisait la fausse, celle qui ne fonctionne pas sans informaticiens…). La réaction a été subtile : M. Monera a été promu. Il s’est retrouvé dans un autre service où l’IA ne servait à rien. Et il fut remplacé par une dame pas du tout intéressée par l’intelligence artificielle. Pendant ce temps-là le service informatique faisait de la récupération : il transformait l’IA raisonnante, où tout était automatisé donc fiable, en une IA « manuelle » ne pouvant fonctionner qu’avec une équipe de programmeurs ! Il obtenait donc un résultat bogué, accompagné de son cortège habituel de lenteurs, d’erreurs et de coûts informatiques, réclamant toute l’attention d’informaticiens coûteux car « de haut niveau »…
Ensuite, M. Monera m’informa triomphalement que la Sovac venaient d’être rachetée par la gigantesque multinationale US General Electric. « Ces gens-là sont pourris de fric. Ils ne savent pas quoi en faire. Ils vont payer les yeux fermés. » Il allait leur vendre le credit scoring intelligent animé par mon IA, les doigts dans le nez. Malheureusement, ces richards pourris de fric lui ont répondu : « Pas besoin de votre IA, on a un logiciel anglais qui fait pareil ». J’ai demandé à M. Monera : « Vous saviez que c’était faux ! » – Oui – Alors, vous le leur avez dit ? – Non – Pourquoi ? – J’ai compris que si j’insistais, j’étais viré ! » C’était des informaticiens…
Voilà comment l’IA raisonnante a disparu de la Sovac !
6. Crédit Agricole Île de France
Un an après la sortie de Joséphine, le service informatique du Crédit Agricole d’Ile de France a publié un appel d’offre très intéressant : recherchons un prestataire expérimenté en intelligence artificielle pour développer un système expert conversationnel en placement financier. Soit exactement le portrait de Joséphine. Là, il y avait un budget important et clairement identifié. L’inventeur de la Maïeutique, ravi, répondit à l’appel d’offres disant qu’il savait faire et qu’il avait déjà fait, copies d’articles de presse à l’appui.
On connait la détestation des informaticiens face à l’IA raisonnante. Comment allaient-ils faire pour refuser cette offre incontournable ? Il ne fallait surtout pas qu’ils demandent une démonstration de Joséphine, leurs collègues du service commercial en auraient voulu tout de suite. Il fallait rejeter tout net cette proposition. Mais avec quel prétexte ? Alors ils ont trouvé cette raison extraordinaire : désolé, on ne travaille pas avec les prestataires de province !
Le Crédit « Agricole » ne travaille pas avec la province ! Le piètre prétexte d’un service informatique pour ne pas faire entrer mon intelligence artificielle chez eux… Bilan : comme personne d’autre n’était compétent en IA, jamais aucun système expert d’aide au placement financier ne fut développé dans cette banque.
7. Sigma Informatique
Sigma est « Éditeur de logiciels, intégrateur de solutions digitales et infogéreur de clouds hybrides ». Soit un nid d’informaticiens, une société farouchement informatique de huit cent personnes. Elle a pourtant installé chez elle plusieurs IA raisonnantes à partir de 2013 pour guider les opérateurs chargés de la hotline de ses clients. Toujours parce que le conversationnel intelligent réclame un raisonnement hors de portée des techniques classiques. Sa satisfaction fut telle que, bien que ce concept risque de heurter la susceptibilité de ses informaticiens, elle a osé en parler dans son journal d’entreprise (avec cependant, vous verrez, quelques précautions oratoires).
Le responsable innovation qui a introduit cette IA dans la société, Steven Morvan, la connaissait bien avant d’entrer chez Sigma. Il a absolument tout fait pendant douze ans pour y répandre ce qu’il voyait comme des bienfaits. Il n’y a jamais eu d’opposition frontale ni de mauvaise foi de la part de ses collègues et de ses patrons. Tout ce monde était sympathique et ouvert. Les différents chefs de service réunis lors des présentations de mon intelligence artificielle, sous la houlette de M. Morvan, en voyaient l’intérêt sans cependant bien voir comment l’utiliser. Ils posaient des questions pertinentes, signalaient qu’extraire les connaissances de leurs énormes logiciels pour les confier à l’IA serait un gros travail coûteux et risqué, qu’il vaudrait mieux commencer un projet nouveau pour tenter le coup. Ils allaient y réfléchir. Mais, hélas, il n’y a eut pas de projet nouveau et on ne sut jamais à quoi avait abouti leur réflexion.
C’est le service achat qui a donné le coup de grâce lors d’une nouvelle commande transmise par M. Morvan : il a exigé la communication du code source de l’IA raisonnante avant de passer de nouvelles commandes. Une demande inhabituelle évidemment suggérée par les informaticiens, qui leur aurait permis éventuellement de pomper la technologie. C’est pourquoi on ne demande pas les codes sources des logiciels innovants qu’on achète, ni des autres d’ailleurs. Comme ce n’était pas possible, j’ai proposé un marché honnête : consacrer le budget de la commande à un nouveau développement de cette IA en interne, plus moderne, dans un langage informatique familier de Sigma et avec ses propres programmeurs, sous ma direction. Elle resterait ma propriété mais ils pourraient l’utiliser autant qu’ils le voudraient. Et ils auraient les sources ! Le service achat a refusé le deal. Plus aucune commande ne fut faite et M. Morvan a fini par quitter la société…
8. Jean-Michel Poupeau, le patron d’Horanet escroc qui prend des décisions contraires aux intérêts de sa société pour faire plaisir aux copains des mairies
M. Poupeau a toujours été intéressé par l’intelligence artificielle et donc par la mienne qui est vendéenne comme lui. Je suis venu lui faire une présentation dans son entreprise Horanet et même un mini-développement pour lui monter la simplicité et la puissance de ma technologie l’intelligence artificielle raisonnante. Ce contact était excellent, il aimait mon IA (et moi-même). Il en voulait chez lui pour automatiser les bornes interactives assurant le contrôle automatique des visiteurs pour ses clients municipalités et syndicats de communes.
Comme il était désireux d’aller plus loin avec moi je l’ai prévenu que ses informaticiens seraient opposés à cette innovation qui permettait de se passer d’eux et que j’avais besoin de son soutien actif face à eux pour introduire chez lui cette technologie qui mettait le paramétrage à la portée de tous. Il a parfaitement compris le problème et m’a assuré avec fougue qu’il viendrait avec moi à la démonstartion sur un cas concert que j’allais faire chez eux.
Mais… quand est venue l’heure de la démo, il n’était pas là. J’ai donc du développer une application d’Euranet devant deux informaticiens, tout à fait objectifs et amicaux contrairement à ce que je craignais. Comme ils voulaient connaitre les conditions financières, je leur ai dit que j’avait déjà l’accord de leur patron Poupeau sur le montant et que leur société ne paierait rien avant d’avoir jugé que l’application fonctionnait parfaitement sur leurs machines. Ils en ont été très satisfaits.
Pendant ce temps, j’attendais la visite promise de M. Poupeau dans le box vitré ou nous étions, pour qu’il m’assiste. Je l’ai vu derrière les vitres passer deux fois dans l’atelier en jetant un bref coup d’oeil dans notre direction mais sans nous rejoindre. Ca m’intriguait. Puis, il a dû voir que mon développement était terminé et il a fini par entrer dans notre box.
Il a tout de suite posé la question essentielle : « Comment avez-vous trouvé la démonstration de M. de Lespinay ? A-t-elle répondu à votre attente ? » Et là, à son étonnement visible qui l’a laissé muet quelques secondes, ils ont montré leur enthousiasme pour cette technologie parfaitement claire dont ils pourraient s’emparer eux-même sans formation de type informaticienne. On voyait qu’ils avaient une conscience aigüe de l’intérêt de leur entreprise, c’était agréable à contempler et je me disais que Jean-Michel Poupeau devait en être heureux.
Hélas non ! Sans la moindre honte, il a pris devant eux le contrepied de la décision qu’il venait quémander : « Bon, vous voulez l’IA de de Lespinay ? Et bien Je m’y refuse. Elle n’entrera pas chez moi ! » et il est ressorti nous laissant abasourdis. Je suis aussitôt sorti moi aussi pour le suivre et l’interroger mais j’ai rencontré avec lui la même mauvaise foi et le même côté buté des faux jetons que je connais bien. Nous nous sommes quittés en très mauvais termes et je lui ai reproché de jouer contre sa propre société ce qui était impardonnable.
Au cours des jours qui ont suivi j’ai cherché une explication et j’ai fini par trouver. Sa clientèle, ce sont des… fonctionnaires et des politiciens… fonctionnaires. D’honnêtes gens bien installés dans les mairies de tout le pays qui vivent de notre argent, de nos impôts, pour ne laisser passer que les commandes aux copains. Ils sont certainement associés dans le chiffre d’affaires d’Horanet (voir l’Affaire Urba) qui n’existe en fait que grâce à eux. Quand J-M Poupeau leur a dit tout fièrement qu’il allait utiliser une IA géniale inventée par un vendéen, ils ont tout de suite compris de qui il s’agissait et lui ont donné l’ordre de tout stopper ! Et cet imbécile, au lieu d’en être désolé ou au moins gêné devant moi, a pris fait et cause pour eux et m’a envoyé balader comme si j’étais un pauvre type alors qu’il m’aimait tellement une heure avant.
Qui se ressemble s’assemble…
9. Autres cas pris dans ma clientèle
Les clients de l’IA raisonnante sont principalement des services utilisateurs de grands groupes. Ceux-ci disposent d’experts qui se sont formés sur le tas à force d’être consultés. Ils disposent de connaissances précieuses utiles à plusieurs services. Un jour, ils ne peuvent plus répondre à toutes les demandes et deviennent des goulots d’étranglement. C’est alors que, par leur entremise, se fait jour la demande d’une IA « conversationnelle » capable d’offrir leur savoir aux utilisateurs (puisque l’informatique traditionnelle ne le peut pas) par intranet et extranet.
Pour évaluer cette technologie nouvelle avant de l’acquérir, les experts procèdent progressivement : d’abord une journée de test en compagnie de l’inventeur sur un ou plusieurs cas réels pour voir les dialogues produits par l’IA. Ensuite ils évaluent par extrapolation le temps qu’il reste pour développer le conversationnel et peuvent donc estimer la rentabilité de l’opération. Enfin ils décident d’acheter une première version de cette IA pour s’y coller.
A ce stade, de deux choses l’une : ou ils ont l’argent pour cette acquisition et la commandent (sans passer par le service informatique comme à la Banque de Bretagne), ou ils ne l’ont pas. S’ils l’ont, ils peuvent l’acquérir et développent leur conversationnel. Enchantés des résultats, ils en parlent autour d’eux et à la presse puis décident de passer commande de plusieurs IA pour les répandre dans leur service et les mettre à la disposition d’autres services. Ils transmettent leur commande à la hiérarchie. S’ils ne l’ont pas, ils décident de passer commande d’une l’IA pour test et transmettent à la hiérarchie.
Et là, dans les deux cas, pas de réponse ! Le budget n’est pas refusé, on ne les prend pas de front, on les laisse mariner. Des semaines s’écoulent, puis des mois. Ils relancent sans cesse, sans réponse. Ils n’y comprennent plus rien. Jamais ils n’ont connu cette absence de réaction. A force de secouer le cocotier, certains obtiennent une réponse laconique : on ne dit pas non, il y a simplement des investissements plus urgents dans votre service. Là, ils explosent, exposant qu’ils sont tout de même les mieux placés pour savoir ce qu’il y a d’urgent ou non, de rentable ou non, dans leur service. Puis ils finissent par laisser tomber, écœurés.
Le dénouement est toujours le même : les médias relaient la satisfaction des clients mais les commandes n’arrivent pas. L’IA raisonnante ne se répand pas, au contraire de la fausse IA des informaticiens. Ce que M. Monera de la Sovac appelait du « one shot » : la même réaction qu’un produit qui ne tient pas ses promesses…
10. Le cas extraordinaire de Jean-Louis Laurière, le premier à avoir développé une IA raisonnante.
Ce cas est relaté dans cet article : « Jean-Louis Laurière, l’homme qui voulait que l’on ignore Pandora, sa merveilleuse invention« . Là, nous tenons quelque chose d’extraordinaire, à la Frankenstein : la haine d’un inventeur envers sa propre création.
Cet homme m’a permis de découvrir que l’on pouvait automatiser le raisonnement. Toute ma recherche ultérieure fut basée là-dessus. J’ai acheté son IA Pandora mais j’ai fait quelque chose à laquelle il ne s’attendait pas : je l’ai vendue aux non informaticiens alors qu’il la destinait aux informaticiens. En 1987 et 1988, les journaux étaient pleins de mes succès dans les entreprises alors que lui n’arrivait pas à la vendre aux services informatiques. Pire, je déclarais aux médias que cette IA n’avait pas besoin de développeurs informaticiens. L’informatique la plus sophistiquée se passait parfaitement d’informaticiens !
Il a alors carrément retiré Pandora du marché (qui s’appelait alors « Intelligence Service ») et a donné consigne à ses élèves et collègues de ne plus jamais en parler. Ce qu’ils ont fait ! Cherchez sur le web, les seules références à Pandora émanent de moi. Malgré tout, ils n’ont pu se retenir de m’attaquer suite à mon article paru dans Science et Vie où je disais le plus grand bien de Pandora et, ce faisant, ils l’ont cité plusieurs fois donnant crédit à son existence, les maladroits !