I – L’Education Nationale, une administration qui attente à notre vie privée

Il y a quelques jours j’ai fait la connaissance d’une professeur d’anglais, charmante, sportive et intelligente. Quelle n’a pas été ma surprise de constater qu’elle haïssait le système à la française autant que moi ! Son analyse était aussi féroce que la mienne. Elle souffrait à l’intérieur des mêmes maux que moi à l’extérieur, de la part du même genre de personnes : jalousie, mesquinerie, isolement, agressions diverses, absence totale de compassion, exploitation des bonnes volontés sans la moindre récompense en retour, pas de directives claires, détestation de l’excellence… Soit l’exact opposé des vertus que l’on recherche dans le privé, un lieu où il y a des patrons, l’esprit d’équipe et des récompenses pour les meilleurs.

Cette rencontre m’a amené à réfléchir une fois encore sur l’abomination de ce royaume de la médiocrité et ma propre expérience de l’Education nationale. Je vais donc partager avec vous mes anecdotes et mes conclusions sur ce « grand corps malade« .

Je suis Bac +6 ou 7 (en incluant mes diplômes professionnels) et j’ai élevé mes enfants jusqu’aux études supérieures. J’ai connu à l’école mon lot d’injustices. Et mes enfants aussi. Les seuls moments où j’étais en conflit avec eux c’était le soir quand mon épouse et moi nous leur faisions réciter leurs leçons à mon retour du travail. Je constatais alors qu’ils n’avaient rien compris. C’était donc à moi de consacrer ma soirée aux matières que le prof avait été incapable de leur inculquer dans la journée. Et le pire, c’est que je ne parvenais pas à leur faire entrer les leçons dans la tête !  Faire comprendre à un enfant de 11 ans ce qu’est une élection de conseils généraux, ça dépasse son entendement ! C’est toute la logique du système qu’il faudrait alors décrire, auquel il ne comprendra rien (comme la quasi-totalité des Français).

Impuissant, je me surprenais alors à les engueuler devant leur entêtement à ne pas me comprendre. Ils étaient malheureux et moi aussi. Une fois calmé, pour les apaiser, je leur avouais que ce n’était pas de leur faute. Ils étaient dans un système totalement inefficace, l’enseignement à l’école était nul, mais hélas il fallait en passer par là.  Ma femme me reprochait ce discours démotivant mais je n’ai jamais eu l’impression qu’ils étaient en fait démotivés. Leur Papa les avait informés d’une chose importante comme s’ils étaient des adultes. Ils comprenaient qu’ils n’avaient rien fait de mal et qu’il les aimait toujours.  

C’est ainsi que l’Education nationale a réussi à parasiter l’éducation que j’entendais donner à mes têtes blondes, à bousiller ma vie privée, mes soirées en famille, ces moments de bonheur où l’on se retrouve tous réunis avec plein de choses à se raconter et de tendresse à se donner. Je lui en veux à mort !

Vous l’aurez sûrement ressenti, je suis loin d’être le seul parent dans ce cas…

II – Le bac 1966 : un tiers de reçus à l’écrit et seulement 4 élèves à l’oral de rattrapage !

Mon titre de gloire scolaire, le seul, fut d’être reçu au Bac en 1966, la pire année de l’histoire du Bac : un tiers seulement de reçus ! On est loin des 90 % d’aujourd’hui. Pourquoi ? A cause d’une grave bêtise de l’administration : nombre des sujets présentés aux épreuves étaient… hors sujet ! Personne ne pouvait répondre. Et surtout pas les meilleurs, habitués à restituer docilement des cours appris par cœur. Ce fut ma chance, moi le cancre  toujours habitué à me rattraper aux branches pour faire illusion.

Alors que j’aurais voulu opter pour le Bac Philo, mes bons résultats de l’année 1965 avaient poussé mes profs à me conseiller d’opter pour le Bac Math-Elem, le plus difficile à époque mais le plus valorisant pour une carrière réussie. Ce Bac  privilégiait drastiquement les mathématiques alors que c’était une matière que j’exécrais et travaillais peu. Mes bons résultats 1965 ne devaient rien au maths mais au fait que j’étais redoublant. 

Heureusement, le sujet de maths du Bac 1966 se révéla hors programme… Je me suis retrouvé à égalité avec les meilleurs ! Et j’obtins 9,5/20, juste la note me permettant d’accéder à un oral de rattrapage. Les petits génies, eux, récoltèrent des 3/20 et étaient recalés. Quand, tout fier, je rendis compte de mon résultat à mon prof de maths, M. Hervé (Cours Pollès), j’eus la surprise de le voir éclater de rage et de désespoir : « Oh non, Lespinay ! Pas vous ! Vous ne méritiez pas cette note ! ». Ma réussite de cancre comparée aux échecs de ses petits chéris matheux et bosseurs lui paraissait vraiment injuste. Je l’adorais pourtant pour sa gentillesse, son humour, sa bonne humeur constante et sa façon amusante de présenter plusieurs démonstrations d’un même théorème en s’extasiant sur la « beauté » de certaines d’entre elles. 

L’oral de rattrapage avait lieu au lycée de St Maur-la-Varenne (Val de Marne). Je n’oublierai jamais mon arrivée dans ce lycée : il était totalement désert, son vaste parking était vide de voitures. Je tremblais à l’idée de m’être trompé de date. Peut-être l’examen avait-il déjà eu lieu et étais-je déjà recalé ? Finalement je finis par rencontrer un examinateur dans les escaliers, qui me rassura : l’oral avait bien lieu ici et aujourd’hui mais nous étions seulement quatre candidats à passer l’épreuve. Au lieu d’une centaine. Pour huit examinateurs…

L’oral commença pour moi par l’épreuve de maths… L’examinateur, très gentil, me posa les 4 questions habituelles, étonnamment faciles, auxquelles je répondis donc sans hésitation. Je remballai alors mes affaires et repartis quand il m’arrêta : « Mais où allez-vous ? Nous n’en sommes qu’au début ! Vous n’êtes que quatre candidats. Nous avons tout le temps. Je vais continuer maintenant avec 12 autres questions ». Ce fut un désastre. Je ne pus répondre à aucune… Et ce ne fut pas beaucoup mieux avec les autres examinateurs.

Les épreuves terminées, nous, les quatre admissibles, attendîmes les résultats une heure durant dans une vaste cour déserte ! Nous nous étonnions qu’il faille tant de temps pour noter quatre élèves. Finalement, nous aperçûmes au fond de la cour une procession de 8 examinateurs se dirigeant solennellement dans notre direction. Elle s’arrêta devant nous silencieusement. Lentement, le prof de tête déplia un papier puis proclama : « Vous êtes tous des nuls ! Jamais vu ça. Aucun de vous n’a la moyenne ! Vous êtes bons pour redoubler ! » Désabusé, je m’apprêtai déjà à quitter les lieux quand il ajouta : « Mais… vous avez de la chance, espèce de cancres ! Nous venons de recevoir instruction du Ministère de l’Education nationale de vous accorder cet oral. Cette année est catastrophique, il n’y a eu qu’un tiers de reçus ! Il faut par tous les moyens gonfler le nombre des bacheliers. » Nous repartîmes heureux. Mais notre estime pour l’Éducation Nationale venait de singulièrement dégringoler.

C’est ainsi que je fus auréolé d’un super-Bac que je ne méritais pas mais qui m’ouvraient bien des portes dans l’enseignement supérieur. Sans vocation ou projet professionnel défini (j’aurais voulu être ingénieur mais, vous l’aurez compris, j’étais nul en maths…), j’ai pu choisir une super-carrière, celle qui « mène à tout » : les hautes études commerciales.avec la « prépa » HEC. Au vu de mes splendides résultats au Bac 1966, je fus admis sans difficulté au Lycée Lavoisier (Paris) pour cette prépa réclamant deux ans d’études. 

III – L’oral de l’ESSEC en 1967

Cette année-là (1967) les matières Physique et Chimie avaient disparu du programme HEC sans être remplacées par autre chose. Comment avait-on pu les inscrire pour un diplôme destiné à la vente et à la gestion et non à la carrière d’ingénieur ? Encore l’incurie de l’Education nationale.

Bien qu’il faille deux ans de prépa pour se présenter à HEC, ESSEC et Sup de Co Paris, je me suis tout de même présenté au concours « pour voir » (ma devise de gosse). Par miracle vu ma faible assiduité légendaire, et/ou parce qu’il y avait si peu de bacheliers 1966, je fus admissible à l’Essec, sur la liste d’attente d’HEC et sur celle de Sup de Co Paris ! Soit d’excellents résultats qui me valurent les félicitations étonnées et sincères de mes profs.  Selon eux, étant classé 132ème sur plus de 200 places à pourvoir, j’étais pour ainsi dire reçu. L’épreuve de l’oral serait une formalité.

A l’oral je m’attendais à du haut niveau chez les examinateurs de grandes écoles aussi prestigieuses. Ce fut la déception. J’ai retrouvé chez eux tous les travers de l’Éducation nationale. Et en premier lieu ce manque total de curiosité envers l’intelligence du candidat, cette volonté de n’admettre que des esprits déjà dans le moule, sans originalité. En seulement trois interros exaspérantes, j’ai échoué, dégringolant au-delà de la 200ème place…

Voilà comment : à l’écrit on ne me voyait pas. A l’oral, si.

Interro d’Anglais – J’avais eu 17/20 à l’écrit en anglais alors que j’étais nul en cette matière. Une note extraordinaire, donc. Dans le texte à traduire je n’avais pourtant pas compris un mot ! Jamais de ma vie je n’avais vu un anglais aussi hermétique. Je me demandai où les profs d’HEC avaient bien pu le dégoter (et je me le demande toujours !). Habitué à ma carence, je fis donc comme d’habitude : je tentais de deviner le sens du texte à travers les quelques mots ressemblant au français, j’articulais le tout en un français qui,  libéré de la contrainte du mot à mot, devenait fluide. J’espérais qu’on me pardonnerait certaines approximations… J’ai du tomber très juste puisque j’ai obtenu cette très bonne note.

A l’oral, l’examinateur m’accueille très jovialement en un anglais parfait… auquel je ne comprends rien. « I don’t understand, speak slowly please » lui dis-je embêté.  Il penche la tête de travers comme s’il avait mal entendu et reprend son speech en anglais. Honteux, je lui redis que je ne comprends rien. Il s’exprime alors dans un français parfait, ce qui fait bizarre : « Vous ne parlez pas anglais ? – Non, hélas, lui dis-je – Mais vous avez eu 17/20 à l’écrit ! Expliquez-moi ça. » Je lui explique donc que j’ai deviné le sens du texte. Je le regarde me disant qu’il va me féliciter pour mon intelligence. Pas du tout ! Furieux de s’être fait avoir, il me colle un 3/20 en me disant : « Voilà ! Comme ça, avec vos 17/20 ça vous fait la moyenne ! »

Interro de « culture générale » – Pour cet oral, auquel aucun cours ne prépare, je me retrouve assis dans un vaste amphithéâtre. Tout en bas, un petit vieux est installé à une table avec un candidat assis en face de lui. J’entends ses questions. A chacun, il ne pose que des questions d’histoire ! Quand vient mon tour, il consulte ma fiche et me demande : « Qui est Martignac ? » En effet, j’habitais Cité Martignac. Je lui réponds que je n’en sais rien. « Et Charles X, vous savez ? – Non – Et la Révolution de 1810 ? – Non plus. J’ai du changer d’école et entre les deux ce programme a du être zappé. » En effet, à ma grande honte jamais je n’avais entendu parler de ces augustes personnages ni de cette fameuse révolution. Le petit vieux ne fait ni une ni deux, il arrête-là l’interro, ne m’interroge sur aucun autre domaine de la culture et me colle 3/20 !

La rage au front je me lève et m’éloigne, me demandant si je ne devrais pas faire demi-tour et le ridiculiser comme il vient de s’y prendre avec moi : « Dites-moi, examinateur de « culture générale » (de mes deux), pouvez-vous me dire ce qu’est la théorie de la Relativité d’Einstein ?  Non ? Et le fonctionnement du moteur à explosion ?  Non plus ? Et comment fonctionne une bombe atomique ? Toujours pas ? Bien, je vous colle zéro car vous avez la prétention de posséder un diplôme de culture générale qui n’existe pas et vous ignorez tout de la science du 20ème siècle. Honte à vous !  » Mais, faut vraiment des c…lles pour ça et je n’en avais pas (encore).

Interro de Philo – Me voilà devant l’examinateur de Philo. Il me prie de m’asseoir, déclarant gaiement : « Vous allez voir, on va bien s’amuser tous les deux : parlez-moi de vos lectures, quelles qu’elles soient. Tout m’intéresse ! Chaque littérature est digne de respect. » Je lui réponds poliment qu’il va déchanter, mais il me répond « non, non ».  Alors, je lui explique que mes lectures relèvent de la science-fiction. Il s’écroule ! « Oh non ! Mais ce n’est pas de la littérature, ça ! Ça ne vaut pas un clou ! Vous ne lisez rien d’autres ? » Je déclare que j’aime aussi lire des thèses philosophiques ou des ouvrages de vulgarisation scientifiques. Il n’en a rien à cirer. Il a l’air si paumé devant mon cas que je m’attends  à reprendre un 3/20 en pleine tronche… Alors j’argumente : « Vous n’aimez pas la science-fiction et je peux le comprendre. Mais ce n’est pas un genre à prendre à la légère car il englobe tous les autres. L’auteur imagine un univers crédible qui peut être celui de demain et il y introduit les autres genres : roman d’amour, roman historique (en fait toutes les formes de roman), policier, épopée, contes, mémoires… Auxquels s’ajoutent ce qu’on ne trouve pas ailleurs : imagination débridée, réflexions sur notre civilisation, thèses scientifiques et philosophiques. Tout doit être cohérent et intéressant, une construction autrement exigeante que les autres formes de littérature. »  L’examinateur me regarde et tranche : « Peut-être, mais pour moi cela reste de la sous-littérature de gare et nous n’allons pas vous interroger là-dessus. Mais, de quoi allons-nous parler, alors ? Vous avez une idée ?  » Je lui propose de rester dans le programme et de discuter de sujets bateaux (qui n’intéressent ni lui ni moi) : Jung, Sartre, Freud. Ce genre de trucs, quoi…  Désabusé, il accepte et m’interroge sur ces « grands » philosophes et me colle une note médiocre dont je ne me souviens même plus.

Résultat, je ne fus pas reçu à l’Essec en 1966…

Recalé en 1ère année de prépa, je passai à la 2ème. Là encore, la connerie de l’Education nationale venait de frapper :  les cours de physique et de chimie, supprimés à juste titre l’année précédente, venaient d’être remplacés  par des maths d’un niveau de difficulté incroyable. Même les prépas Polytechnique (les « Maths Spé », des Bac+2) que je côtoyais dans mon lycée Lavoisier ne pouvaient me les expliquer ! Nos sujets ne faisaient pas partie de leur programme et ils n’y comprenaient rien. Sauf que, nous, nous avions quantité d’autres matières importantes à absorber… hormis des cours de vente alors que nous postulions à de hautes études se prétendant « commerciales » (HEC = Hautes Etudes Commerciales). A se taper la tête contre les murs !

En 2ème année j’ai donc échoué au concours et, au vu de mes notes, seule Sup de Co Marseille voulut bien de moi. Là, pendant 3 ans, le programme m’apparut intéressant et cohérent avec un projet commercial. J’étais dans une université tout neuve, hyper-moderne, inondée de soleil, dans un cadre sauvage et toute proche des calanques : Luminy. Je fus donc diplômé de cette école en 1971.

L’Essec, visiblement, n’était pas faite pour les étudiants intelligents désireux d’entrer dans le privé. Je pense qu’elle n’a pas changé aujourd’hui quand je vois ce qui en sort. Tout était fait pour rembarrer les candidats, oubliant le projet essentiel de la filière. A l’oral j’y retrouvais la même ambiance délétère que durant ma scolarité : récitez, restez dans le moule, ne faites preuve d’aucune originalité. En face de vous, c’est un fonctionnaire qui vous juge…

IV – Mon Bac Philo 1968

L’année suivante, ce fut mai 68 : « Sous les pavés, la plage… », « A bas l’État », « élections piège à cons ! », « l’imagination au pouvoir ». On comprend ces étudiants, exaspérés d’une Education nationale irresponsable et répressive qui ne leur laissait aucune chance.

Ayant échoué partout mais ayant remarqué que mon programme de prépa HEC recouvraient des matières du Bac Philo, je décidais de prendre ma revanche en me présentant au Bac Philo ! Bien entendu sans rien réviser. Ce n’était pas si difficile : je n’avais pas à passer à nouveau les maths et certaines matières déjà notées au Bac Math Elem. Si je l’obtenais, j’aurais un vrai diplôme de plus. Ça en jetterait, dans mon CV !

A l’oral, je fus incapable de répondre aux questions de l’examinatrice d’histoire. Malgré tout bienveillante, elle me dit : « Je vois que vous avez déjà obtenu le Bac Math Elem, pourquoi y ajouter le Bac Philo ? » Sous-entendu : un sous-Bac. Je lui répondis que j’avais présenté le Bac Math-Elem parce qu’il était indispensable pour être admis en prépa HEC mais que seul le bac Philo m’intéressait vraiment. Touchée, elle me mit un 14/20 en me souhaitant bonne chance !

Grâce à elle j’ai eu mon Bac Philo. C’était adorable. Je la remercie toujours de sa générosité, si rare dans l’administration. Mais cette note imméritée montrait une fois de plus qu’à l’Education nationale les candidats sont trop souvent notés sur leur gueule ou sur des critères n’ayant rien à voir avec leur savoir.

Je suis donc un des rares Français à avoir deux Bacs. Faites-en autant ! Pour un cancre, cela fait chaud au cœur.

V – Education Nationale ou instruction publique ?

Il y a peu de débats sur cette question de fonds : « Éducation nationale » ou « Instruction publique » car autant faire un débat sur le système qui l’a pondu, sujet interdit de publication dans les médias « mainstream » véhiculant la pensée unique. Jusqu’en 1932, la France avait une instruction publique et pas d’Éducation Nationale. Ce ministère-là, sa fonction était claire : un enseignement gratuit pour les jeunes Français les plus pauvres. Les autres avaient les moyens de financer l’école privée. Cette modeste mission est toujours essentielle aujourd’hui où tant de Français pauvres, immigrés ou non, ne savent pas écrire et n’aiment pas lire.

Qui a voulu ainsi priver les parents de l’éducation de leurs enfants ? Comme par hasard un président de la république de gauche, ex-professeur agrégé : Édouard Herriot. Est-ce que les Français ont demandé à l’État – tiers glacé et irresponsable – de se substituer à eux pour donner une éducation à leurs enfants ? Sûrement pas.

Avec Herriot, nous avons l’ambition démesurée d’un prof de gauche voulant se poser comme acteur majeur dans l’éducation des enfants des autres. Et surtout la volonté d’intervenir dans l’éducation d’une élite privée qui se passait très bien de l’intervention de l’État. Il fallait que ça cesse ! Depuis, cette « éducation » forcée de l’ensemble de la population a engendré un recrutement explosif de fonctionnaires : ils sont aujourd’hui 1 million ! Soit un prof pour 14 élèves. Or, dans les classes, on ne trouve qu’un prof pour 24 élèves (22ème rang en Europe !) et les classes sont « bondées ». Où sont passés les autres profs ? Tout est fait pour qu’on ne le sache pas. Le fonctionnaire, quel qu’il soit, est le petit soldat des énarques dans leur guerre contre le pouvoir naturel du privé et des entreprises.

Aucun de nos politiques, hormis le FN, ne semble se poser la question de la réforme de ce grand corps malade, mal-aimé des enfants, des parents et des enseignants. Elle est pourtant primordiale pour l’avenir de notre pays, le bien-être des Français (très mal dans leur peau ces derniers temps, voyez les Gilets Jaunes…) autant qu’elle est nécessaire à l’intégration réussie des immigrés et à notre sécurité. Aujourd’hui, l’Éducation Nationale immobilise nos enfants en classe pendant près de 20 ans pour leur apprendre… rien. Ce qui rentre par une oreille en ressort par l’autre. Les cours sont si creux et inefficaces que les enseignants ont imposé les leçons à la maison sous la houlette des parents ! Eux, ils lisent devant leurs élèves leurs bouquins écrits par d’autres profs qui ont lu des bouquins, c’est monotone mais pas fatigant, les parents eux, sont chargés de faire comprendre cet enseignement à des têtes blondes dont le cerveau n’est pas encore formé pour l’assimiler.  Je me souviens d’avoir du expliquer à mes enfants d’une dizaine d’années ce qu’est un élu du conseil général…

L’État et nos hommes politiques ne mènent aucune réflexion sur une pédagogie moderne et de nouveaux programmes d’enseignement adaptés au 21ème siècle. Tout est dans le même état qu’il y a cinquante ans.

L’Éducation Nationale est l’exemple-type d’administration à la française : quelque chose qui vit avant tout pour lui-même et se fiche complètement de l’intérêt général. Les Français et leurs besoins en formations, on n’en parle pas. On ne cherche même pas à les connaître.

VI – Le vrai rôle de Education nationale : sélectionner du haut fonctionnaire !

Développant le système expert ALOÈS en 1991 pour l’université de Nancy II (« Aide à L’Orientation dans Enseignement Supérieur »), j’ai fait une découverte ahurissante : les plus longs cursus, les plus difficiles, menaient à des postes dans l’administration ! Jamais dans le privé. Celui-ci, au contraire, réclamait des formations courtes ! Au point que les plus grands patrons sont autodidactes. Etre pompier, par exemple, un poste éminemment responsable, dangereux et ô combien valorisant, ne réclame aucun diplôme.

Polytechnique, Centrale, ENA, médecine, doctorats, thèses, et même HEC-ESSEC, écoles censées préparer au « management » dans le privé (on va le voir plus loin), conduisent nos jeunes à des postes dans l’administration d’Etat ou dans celles de grosses entreprises. Des endroits confortables où la notion de précarité de l’emploi est pratiquement exclue. Ceux-là ne deviendront jamais patrons de PME ou créateurs d’entreprises (sauf avec l’argent de papa).

J’ai ainsi découvert le vrai rôle de l’Éducation nationale : sa finalité n’est plus d’instruire nos jeunes mais de sélectionner du haut-fonctionnaire. Plus un élève est capable de s’imprégner de la « science » dispensée à l’école comme une éponge, au détriment du temps consacré à l’expérimentation du monde réel,  plus il a de chances de devenir énarque, polytechnicien ou centralien, plus il a le profil idéal du fonctionnaire et, finalement, plus il a de chances de devenir… président de la république ! C’est ça la France.

Hélas, cette sélection par la note aboutit à des individus quasi-autistes et asociaux, qui se croient intelligents tout en demeurant imprégnés d’un sentiment d’infériorité face au monde moderne, dont le plus bel exemple est le polytechnicien.

L’Éducation nationale, c’est aussi une fabrique d’individus jaloux du privé qui les nourrit et détient le vrai pouvoir, qui utilisent les leviers de l’Etat indûment captés pour le prendre en otage (le CAC 40) ou le mettre à genoux (les PME).

L’école est devenue un énorme obstacle dressé devant l’intelligence, la liberté de penser et l’entreprise privée.

Dans l’article suivant : 2019 – Une étude passionnante du CNRS sur la psychologie des hauts fonctionnaires (énarques, Macron) : tous autistes ! je vous dévoile une étude confondante sur la psychologie du haut fonctionnaire, pur produit de l’Education nationale.