I – L’informatique stresse autant les utilisateurs que les informaticiens !
Le saviez-vous ? L’ordinateur stresse 64 % des utilisateurs (enquête CMO Council 2012). Et, plus drôle si j’ose dire, il stresse 46 % des informaticiens eux-mêmes (enquête Kelly services 2005) ! Comment un informaticien peut-il être stressé en exerçant son métier ? Parce que ce n’est pas une science exacte. Contrairement à toutes les autres techniques, il n’y a pas de méthode pour rédiger un programme, et encore moins un programme fiable à 100 %. Le pauvre développeur ne sait pas s’il va y arriver correctement ni quand.
Rappelez-vous ce que je vous ai appris dans l’article précédent : « Nous sommes toujours à la recherche d’une théorie générale de construction des logiciels comme peut l’être celle permettant la construction des ponts. L’informatique n’a pas, pour l’heure, ce caractère constructible et prédictible des objets physiques » a avoué Joseph Sifakis, un prix Nobel de l’informatique (qui ignore en 2005 qu’avec la Maïeutique j’ai inventé cette théorie générale 19 ans auparavant…) En fait il a reçu le prix Turing car il n’y a pas de Nobel en informatique. Et pourquoi il n’y a pas de Nobel en informatique ? Peut-être justement car ce n’est pas une science et qu’il est impossible à un jury de l’évaluer…
II – 70% des programmes sont ratés !
Résultat de l’absence de « théorie générale de construction des logiciels » 70 % des programmes sont ratés ! C’est ce qu’on appelle la « crise du logiciel« , laquelle dure officiellement depuis… plus de 50 ans ! Sans que vous le sachiez. Une crise due à l’incapacité du software (la conception de logiciels) d’évoluer alors que le hardware (les composants physiques de l’ordinateur) s’améliorent sans arrêt. Regardez ce tableau qui vous montre en vert la part des logiciels réussis dans le monde de 1994 à 2015 (Chaos Report) :

Et de 2011 à 2015 : 
De 1996 à nos jours il y a toujours le même pourcentage de logiciels réussis (« successful ») : moins d’un tiers, toujours le même nombre de logiciels à revoir (« challenged ») : 50 % et toujours à peu près le même nombre de softs à jeter à la poubelle à peine développés (« failed ») : 20 % !
A propos de ponts, comparez l’informatique avec les autres techniques, par exemple le nombre de ponts et de viaducs qui ne s’écroulent jamais : proche des 100 %… Vous comprenez maintenant le stress des utilisateurs qui voient arriver des softs qui plantent ou ne font pas ce qu’ils ont demandé, et celui des développeurs qui savent qu’ils vont se faire écharper pendant toute la durée de mise au point puisque leur programme ne marche jamais du premier coup.
Est-ce qu’on vous parle de cette extraordinaire faillite dans les médias ? Non…
III – Incroyable mais vrai, l’informatique n’a pas bougé d’un iota depuis au moins 20 ans !
Ce rapport du Standish Group sur le « chaos informatique » démontre que depuis 20 ans la science informatique n’a pas progressé d’un millimètre. Les informaticiens n’apprennent pas. Ils répètent inlassablement leurs erreurs, sans jamais en convenir ni s’améliorer.
L’ordinateur rend-il les services qu’on attend de lui ? Oui et non. Oui sinon il ne se vendrait pas. Non car il fait le minimum syndical. On l’aimerait beaucoup plus facile à utiliser et on en a besoin pour des tâches de plus en plus évoluées et il est incapable de suivre la cadence. En fait, il est accablé de graves défauts qui ne sont jamais réglés de façon satisfaisante. A l’extérieur il est immuable et à l’intérieur c’est pareil : il fonctionne selon le même principe que lors des débuts de l’informatique en 1950 (l’algorithmique).
Reprenons l’exemple des ponts et viaducs : non seulement ils sont totalement fiables mais en plus ils sont de plus en plus beaux et extraordinaires. On fait même des centaines de kilomètres rien que pour les voir (Viaduc de Millau). Les voitures, les trains et les avions sont toujours plus confortables, sophistiqués, intelligents et consomment de moins en moins. Les services offerts sur le web sont de plus en plus variés et de moins en moins chers (Amazon !), parfois même gratuits. Chaque jour vous touchez du doigt les progrès technologiques qui vous entourent, mais vous ne voyez pas de progrès notable dans l’ordinateur de votre foyer ou du bureau alors qu’il vous agace déjà. Il est toujours coincé à la même place. C’est le même qu’il y a 20 ans, avec toujours la même souris, le même clavier, le même écran, les mêmes « multi-fenêtres » à l’écran, toujours incapable de dialoguer avec ses utilisateurs et de se mettre à leur portée.
Petit sondage : vous arrive-t-il de pester devant votre ordinateur car il a écrit ce que vous ne vouliez pas ? Ou parce qu’il refuse de faire ce que vous lui demandez ? Ou parce que vous avez perdu des heures de travail ? Ou parce qu’il est planté ? Ou parce que vous ne pouvez pas défaire ce qu’il vient de faire ? Ou parce qu’il est vraiment trop bête ? Ou parce que vous ne savez pas quoi faire pour continuer et restez là planté comme un idiot ? Ou parce qu’il répète cent fois les mêmes erreurs ?
Si vous vous plaignez, l’informaticien vous répondra : ne vous énervez pas, c’est inutile, l’ordinateur est idiot. Oubliant que c’est lui qui l’a programmé donc c’est lui l’idiot… Mais le plus souvent il va vous engueuler en vous expliquant que vous êtes décidément bien bête et en deux coups de cuillère à pot il va régler votre problème, sans que vous compreniez comment il s’y est pris. Si vous lui demandez, il va vous expliquer mais à toute vitesse. Vous n’avez toujours pas compris mais vous n’insistez pas pour ne pas paraître encore plus idiot. La relation informaticien-client commence à se gâter… En fait, il SAIT quoi faire par habitude mais il ne COMPREND PAS. Il ne peut donc vous l’expliquer. Ce serait si merveilleux si l’on pouvait utiliser son ordinateur sans être obligé de consulter un intermédiaire comme l’informaticien !
Surprendre quelqu’un en train d’utiliser quotidiennement une technique vieille de 20 ans, ça ferait pleurer de rire dans les chaumières ! Et pourtant, c’est ce que nous faisons…
L’ordinateur est l’outil nécessaire à l’automatisation de l’ensemble des technologies, il est le centre de toutes les technologies. C’est le seul outil à ce jour capable de multiplier la puissance de l’humanité grâce à son aptitude à automatiser les tâches et les machines, la soulageant dans toutes les opérations difficiles ou répétitives, qui sont légion. Et même la règle ! C’est aussi le seul outil capable d’amplifier notre intelligence car il n’oublie jamais rien et raisonne infiniment mieux et plus vite que nous. Il devrait être l’objet de la sollicitude de l’ensemble des ingénieurs de la planète et évoluer plus vite que toutes les autres techniques. Ce n’est pas le cas.
On pourrait penser que le monde des informaticiens ferait profil bas face à de si piètres résultats, tellement officiels que dès la fin des années 1960 on parlait de « crise du logiciel » . Eh bien pas du tout ! Ils ont réussi, par tromperie nous allons le voir, à se rendre incontournables. Tout le monde croit qu’on ne peut programmer sans eux. Alors, ils paradent. Voyez cet article.